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La dernière critique



Recueil d'une belle communion avec la nature, écriture cristalline comme la première aube de l'humanité, « Je vous écris de mes lointains » de Jean-Pierre Boulic nous emmène dans un superbe voyage de la Parole, par le biais d'une prose admirable.
De ces aubes écrites surgissent des visages (Jean Vuaillat, René-Guy Cadou, Gilles Baudry...) avant que la Vie ne s'invente en petites touches minimalistes : un vieux port, les docks, la rue...
Magnifique !
Nathalie Lescop-Boeswillwald
Comme je m’ennuie de toi, mon pauvre rat ! (Lettres à sa sœur, 1839-1846)
Flaubert Gustave

 Caroline Flaubert (1824-1846) fut la confidente, l’alter ego de son illustre aîné de trois ans et peut s’enorgueillir d’avoir été l’une des rares correspondantes de Gustave à lui tenir la dragée haute, à savoir lui répondre sur la même tonalité, dans un style plein de vivacité et de spontanéité, riche en calembours, plaisanteries et rosseries dont leur entourage proche faisait les frais. On ne peut que se laisser séduire, emporter, amuser par cette liberté de ton, dans une langue tour à tour crue et châtiée, et par cette profonde tendresse que rien ne vient jamais altérer. Après la disparition brutale de sa sœur, Flaubert reportera sur sa nièce une part de l’affection débordante qu’il avait pour sa sœur, dont le souvenir ne le quittera jamais. Comme en témoigne le dossier gris, sur lequel il a écrit à la main « Lettres de ma sœur », dans lequel il conservera sa vie durant jusqu’au moindre billet que lui avait adressé Caroline, comme autant de talismans de cette amitié sororale qui, en l’occurrence, était l’un des autres noms de l’amour.


Format: 12 x 17
Nombre de pages: 256 pages
ISBN: 978-2-84418-336-1

Année de parution : 2017

 

17.00 EUR
disponibilité : Sous 5 jours
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1. Caroline à Gustave

[Paris, 5 mai 1839]
Mon bonhomme, nous avons fait un excellent voyage1, malheureusement sans le moindre accident. Mme Chavannes, notre compagne, nous a fait penser à toi ; elle a une frayeur extrême des « deux vents » ; outre les capuchons, les manteaux, elle s'est emmaillotée la tête d'un énorme châle. Alors nous avons dit : « Fa ! Fa ! Fa ! » « C'est à faire vomir les honnêtes [gens] ! » « Pia, Pia ! » et nous nous sommes mis à la portière. Maman a peu dormi, cependant elle n'est pas fatiguée. Nous irons demain à Versailles. Pauvre Bonhomme ! Que je voudrais que tu fusses ici ! Comme tu aurais des occasions de me faire rire avec tes facéties ! Embrasse bien notre bon père2, et engage-le à se remonter le col de sa robe de chambre jusqu'aux yeux. La famille Lormier3 vous dit bien des
cho­ses, mais je ne sais quoi. Adieu ! mon bon far­ceur, n'oublie pas cependant en mon absence : « L'homme le plus habile », et « les deux cours d'Anglais ». Maman embrasse bien des fois son fieux et son vieux gars d'époux. Je te recommande mon Néo4 et ma chèvre et te prie d'embrasser Laure5 quand tu la verras.
Ton Rat qui n'oubliera jamais
son bonhomme
au milieu de ses plaisirs.
Caroline.

Réponds-moi, sinon je croirai que tu ne penses plus à ton beau, à ton cher Rat.
Achille part pour son examen.

P.-S. Achille a brillé de même qu'aux autres examens.


**************************************


2. Caroline à Gustave

[Paris, 9 mai 1839]
Bonhomme, j'ai attendu tous les jours une lettre de toi ; mais vain espoir ! Point de lettre ! J'espère cependant que j'en aurai une demain parce que c'est aujourd'hui fête. Nous avons été mardi soir voir Mlle Mars1. Oh ! cher bonhomme, que de fois j'ai pensé à toi ! Que de fois j'ai dit à maman : « Si nos bonshommes étaient là ! Ho ! Hélas ! » Une chose me tourmente. J'ai bien envie de vous voir ; mais on ne peut entendre M. [sic] Rachel2 avant lundi. Demande à ce bon père s'il ne s'ennuie pas trop et s'il veut nous permettre de rester ici jusqu'à lundi ; s'il en était ainsi tu pourrais avoir des nouvelles du père Rachel. Nous avons vu hier Cher Ami3 ; il nous a demandé de tes nouvelles ainsi que la grosse miss Lise4. Nous avons été à l'Exposition des tableaux ; c'est superbe, bonhomme ! Mais à Versailles, nous n'avons pu rien voir dans les Galeries tant il y avait de monde et après deux heures de sueur, les eaux ont joué pendant un quart d'heure. Malgré l'ennui que nous avons eu à attendre, nous en avons été grandement récompensés par la beauté des eaux. M. Gourgaud5 a été très sensible à ta bonne et aimable lettre et [est] très content de ta place en discours6. Je ne sais si l'on a renvoyé mon piano ; si cela est fait, je te prie d'écrire une lettre à M. Neukomme7 pour lui dire de ne pas revenir mardi. Ensuite, j'ose espérer que papa voudra nous laisser entendre M. Rachel. Je t'embrasse comme nous nous embrassons quand nous lisons de l'anglais et que maman jette sur nous un regard de pitié ! Bonsoir ! Embrasse bien, bien des fois, notre excellent vieux gars de père.
Ton rat,
Caroline Flaubert.

« Il y a deux cours d'anglais... » « l'homme le plus instruit... » « C'est un palais !...» N'oublie pas tes bonnes facéties et grimaces.


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3. Caroline à Gustave

[Paris, 15 mai 1839]
Bonhomme, nos places sont retenues et nous arriverons demain soir à Rouen. Si papa n'était pas trop occupé, il serait bien aimable s'il venait nous chercher au Pont de l'Arche1. C'est donc demain, cher Boun, que je t'embrasserai et que tu me lécheras. Mon piano est acheté et on l'enverra jeudi. J'en ai choisi un avec un gros son pour te plaire. Nous allons aujourd'hui aux Français2 pour voir Rachel. Lundi, nous avions une loge, mais la future émeute3 a fait fermer tous les théâtres et nous avons été obligées de nous en retourner à l'hôtel la tête basse.
Adieu, je suis obligée de finir ici ma lettre pour aider à maman à faire les paquets. Embrasse le gros père pour moi. À demain soir, au Pont de l'Arche, nous ratonnerons. Si tu peux amener Néo, tu [me] feras un plaisir excessif, car tu sais, on n'aime pas être éloigné des siens.
Ton Rat et ta sœur respectueuse,
Caroline.
Mercredi, 11 heures.


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4. Caroline à Gustave

[Nogent-sur-Seine, 24 août 18401]
Mon cher Gustave, nous sommes arrivées à Nogent en assez bonne santé, excepté notre mère qui avait un mal de tête occasionné par le mouvement désagréable de la mauvaise calèche2. Mais toi, mon pauvre garçon, tu es encore entassé dans la voiture sans pouvoir remuer. Tu as, il est vrai, un grand dédommagement ; tu me comprends. Tu ne saurais jamais croire comme les Nogentais3 sont fâchés de ne pas te voir. Ils en sont encore aux regrets et aux louanges. Là-dessus ils ne tarissent pas. Ils espèrent que tu viendras en revenant. Adieu, mon pauvre boun ! Que je voudrais être avec toi ! Que je serais heureuse ! J'ai lu l'autre jour en voiture tout le premier chapitre de M. Michelet4 pour connaître un peu les Pyrénées. Écris-moi et tu rendras ta pauvre Caroline bien heureuse.


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5. Gustave à Caroline

[Bayonne] 29 [août 1840], samedi soir, 8 heures.
Mon bon rat,
Je viens d'arriver à Bayonne, et j'ai déjà vu toute la chaîne des Pyrénées, en perspective il est vrai et à moitié couverte par le brouillard, tu ne peux néanmoins te figurer rien d'aussi beau que l'arrivée de Bayonne. C'est là du neuf au moins tandis que Bordeaux ressemble à Rouen par ses côtés bêtes et bourgeois et qu'elle n'a ni ses églises ni ses côtes ni son beau fleuve, car j'ai essayé de me baigner dans la Gironde, c'est-à-dire que j'ai pris un bain de vase. Je viens de souper vigoureusement et seul, ce qui est le fait du Garçon, tandis que mes compagnons sont restés dans leur cham­bre. Ceci est authentique et bien fait pour rassurer la maman sur l'état de la petite santé de son poulot chéri. Ton bout de lettre m'a fait bien plaisir mon bon rat ainsi que celui de la mère, vous ne m'y avez dit que des choses déjà sues, qu'il est fâcheux d'être si aimable ! et comme votre absence cause de vifs regrets !!! Ah ! quel plaisir pour un homme comme moi !!
Vous avez dû recevoir une lettre timbrée de Tours et écrite le lendemain de mon départ, dans la diligence puis une seconde lors de mon arrivée à Bordeaux, et enfin une troisième datée de jeudi matin, celle-ci doit être la quatrième1. Quant à moi, je n'en ai reçu qu'une. C'est une de Nogent du 24 et parvenue à Bordeaux le 27. - Nous partirons de Bayonne, où nous sommes arrivés il y a quelques heures, mardi ou mercredi, de là nous irons à Pau où je compte trouver de vos lettres. En tout cas écrivez-nous à Bagnères-de-Luchon. Le voyage promet d'être charmant, nous avons été parfaitement reçus à Bordeaux, grâce aux connaissances de M. Cloquet. Hier, avant de nous embarquer, nous avons dîné chez le général de division M. Carbonnel2 et la veille nous avions fait une excursion sur les rives de la Garonne, à Blaye, Pauillac, etc. et dans tout le Médoc où nous avons bu d'excellent vin chez les propriétaires mêmes de Pomys, Léoville3, etc. - Demain nous irons à Biarritz dont tout le monde fait un intarissable éloge ici et que ce bon Achille aime tant. Adieu, ma bonne Caroline ; si mes lettres ne sont ni longues ni bien écrites elles sont fréquentes, et pour avoir les deux premières qualités le temps me manque. Adieu, embrasse bien la mère pour moi, le père et toute la famille. Dis à papa qu'il m'écrive aussi quelques lignes dans vos lettres. Cela me fera plaisir.
Je vous embrasse de tout mon cœur.

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