Bonjour visiteur, vous pouvez vous connecter ou vous enregistrer

Mon Panier
Aucun article dans le panier
 

Recherche

Entrez un mot-clé


 

La dernière critique



Recueil d'une belle communion avec la nature, écriture cristalline comme la première aube de l'humanité, « Je vous écris de mes lointains » de Jean-Pierre Boulic nous emmène dans un superbe voyage de la Parole, par le biais d'une prose admirable.
De ces aubes écrites surgissent des visages (Jean Vuaillat, René-Guy Cadou, Gilles Baudry...) avant que la Vie ne s'invente en petites touches minimalistes : un vieux port, les docks, la rue...
Magnifique !
Nathalie Lescop-Boeswillwald
Je vous inonderai de lettres
Thoreau Henry-David

Première partie de la correspondance intégrale inédite du philosophe et poète américain regroupant environ 800 lettres. Portrait de jeunesse dévoilant son humour caustique, ses atermoiements, ses amitiés et ses amours.


Format: 14x19
Nombre de pages: 450 pages
ISBN: 978-2-84418-362-0

Année de parution : 2018

22.00 EUR
disponibilité : Sous 0 jours
Quantité :
Ajouter au panier
Extrait :
1834

1 - Henry David Thoreau et al. à Josiah Quincy1

[Entre le 16 et le 18 mars 1834]
À l'Honorable Université de Harvard,
Les membres soussignés de la classe de première année, considérant que votre honorable institution n'a pour seul objet que d'œuvrer à promouvoir au mieux les intérêts de ceux qui sont immédiatement sous son autorité, et estimant qu'il est de leur devoir et de leur droit de porter à la connaissance de votre institution, en s'associant à d'autres élèves, ce qu'ils pensent, demandent l'autorisation de vous faire état de leur opinion sur le système de classement qui vient d'être adopté2. Nous ne doutons pas que l'objectif initial de ce système fût bon. Mais désormais, au lieu d'être le résultat d'un travail visant un but plus noble et plus élevé, comme c'était sans doute l'intention de ceux qui l'ont mis en place, il ne vise plus désormais qu'à ce seul objectif et, une fois celui-ci atteint, par quelque moyen que ce soit, tous les efforts cessent. Il nous paraît évident que ce système a tendance à susciter envie et jalousie parmi ceux dont les intérêts exigent qu'ils restent plus ou moins unis.
Nous croyons, par ailleurs, qu'il est temps que la valeur littéraire dépende d'autre chose qu'un simple classement universitaire, quand de plus nobles mobiles que la dérisoire émulation d'un écolier doivent inciter l'étudiant à agir, et à agir en se conformant à un système de valeur supérieur aux seules notes de son enseignant. Nous considérons à nouveau que le fait que ce système ait directement tendance à ne produire que des étudiants dotés d'une érudition superficielle, constitue un solide argument en faveur de son abolition. Tant que ce système de classement reste le critère permettant de juger sa scolarité, l'étudiant s'emploiera, plutôt que d'approfondir un sujet, à l'étudier sous l'angle qui lui assurera la meilleure note pendant l'examen oral. Forts de cette vision des choses, nous la soumettons à votre réflexion en vous demandant de prendre les mesures qui conviennent en vue d'abolir ce système qui a provoqué un mécontentement aussi unanime.

1. Josiah Quincy III (1772-1864), ancien maire de Boston, a été le président de l'Université de Harvard de 1829 à 1845. Le jeune David Henry Thoreau a été étudiant dans la célèbre université dont il est ressorti diplômé, de 1833 à 1837.
2. Quincy avait entrepris une réorganisation de l'université et instauré un système de notation par multiples de huit de tous les aspects de la vie des étudiants, des récitations quotidiennes aux prières, appelé "Échelle du mérite comparatif". Chaque semaine, instructeurs et moniteurs envoyaient leurs notes au "Vieux Quin", qui effectuait lui-même les totaux, non sans se tromper inévitablement. Au sujet du jeune élève Thoreau, ce dernier écrira qu'il avait "intégré certaines notions relatives à l'émulation et au classement dans l'université, qui avaient plus ou moins tendance à affecter son zèle, si ce n'est ses efforts".

1835

2 - Henry David Thoreau et James Richardson à Oliver Sparhawk1

[Entre le 1er septembre 1834 et le 27 juin 1835]
Mr Sparhawk
Monsieur
Les occupants du n°32 à Hollis Hall2 aimeraient que cette chambre soit peinte et chaulée, et si possible aussi qu'on y installe une nouvelle cheminée
respectueusement vôtre
Thoreau & Richardson3

1. Oliver Sparhawk (1805-1835), diplômé de la Norwich Academy, était l'intendant de Harvard.
2. Hollis Hall, construit en 1763, est l'un des plus anciens bâtiments de Harvard. La chambre au confort rudimentaire qu'occupaient Thoreau et Richardson était une pièce nue, sans tapis au sol, avec une cheminée, uniquement meublée de châlits en sapin, d'un lavabo, de bureaux et de chaises.
3. James Richardson Jr. (1817-1863), étudiant de la Promotion 1837 originaire de Dedham, dans le Massachusetts, diplômé de la Divinity School de Harvard, sera enseignant, pasteur, avant de se marier et de devenir fermier dans le Connecticut.

1836

3 - Augustus Goddard Peabody1 à Henry David Thoreau

Cambridge 30 mai 1836.
Cher Thoreau,
Après neuf jours de pluie sans interruption, nous espérons un peu de beau temps. Je ne puis décrire mon sentiment de joie, d'extase et d'étonnement, mais tu peux te faire une idée de l'effet produit sur moi si je te dis que c'est à cette seule circonstance2 que tu dois la présente missive.
J'ai vu un essai quelque part, prouvant que le tempérament d'un homme dépend beaucoup du temps qu'il fait ; toutefois, je ne reproduirai pas les arguments mis en avant pour étayer cet élément important, pour deux raisons. Premièrement, parce que cela me semble aller de soi ; et deuxièmement parce que je n'ai pas l'intention d'écrire un thème, mais une lettre.
Il est curieux qu'une personne ayant toute sa tête puisse mettre deux phrases comme celles qui précèdent dans une lettre, mais quoi qu'il en soit, "on ne peut revenir sur ce qui est fait".
Tout suit son cours ici avec une régularité d'horlogerie, et c'est aussi ennuyeux que l'un des sermons du Dr Ware3. (Une comparaison fort percutante, admets-le).
Le Davy Club4 a connu quelques ennuis il y a deux semaines, à cause des circonstances provisoires suivantes.
Hen[ry] Williams5 a donné un cours sur la Pyrotechnie et l'a illustré avec un petit feu d'artifice qu'il avait préparé pendant les vacances. On a annoncé dans toute l'université que l'on donnerait un "feu d'artifice" ; le soir de leur réunion, la salle du Davy [Club] était pleine à craquer, et les malheureux jeunes gens qui n'ont pas pu entrer, se tenaient dans la cour près des fenêtres. Comme tu peux l'imaginer, il y a eu un peu de bruit ce soir-là. En fait le bruit était si léger, que Bowen6 l'a entendu dans sa chambre à Holworthy7.
Ce brave homme a carrément résolu de venir disperser les "émeutiers". Par conséquent, au milieu d'un grand arroi de fusées etc., il a fait irruption dans la pièce et, après avoir regardé autour de lui l'espace de deux minutes et entendu toutes sortes de cris qui disaient "Intrusion" - "Passez-le par-dessus bord" - "Sciez-lui la jambe" - "Tirez-lui les tifs" &c &c il a fait deux ou trois mouvements des mains empreints de dignité pour attirer l'attention et nous a alors gentiment conseillé de "regagner nos chambres respectives". Aussi curieux que cela puisse paraître, personne ne s'est montré disposé à suivre ce bon conseil et, partant, il a estimé qu'il était préférable de se retirer.
Il existe (comme vous le savez peut-être) une loi interdisant de garder de la poudre dans l'enceinte de l'université.
Les conséquences de l'intrusion du "Tuteur Bowen" se sont fait voir le lundi soir suivant, quand Williams et Bigelow8 ont été invités à rendre visite au Président Quincy et, à cause de l'inflexible raisonnement de Bowen, qui affirmait ni plus ni moins que "la poudre était la poudre", chacun d'eux a eu le droit à une remontrance publique.
Nous avions eu un volcan miniature pendant le cours de Webster9 l'autre lundi, et les odeurs qui s'en échappèrent dépassaient toutes celles qui furent produites par l'Arabie-Heureuse10.
Imagine toutes les fenêtres et tous les volets de la salle de classe susmentionnée fermés, et si possible ensuite, laisse ton imagination aller un peu plus loin et représente-toi le délicieux arôme produit par la combustion de près d'un boisseau de Sulfure, d'Hydrogène Phosphoré et d'autres ingrédients plus agréables les uns que les autres.
Sitôt que la combustion a commencé, il y a eu une ruée générale vers la porte où tout le monde était agglutiné, sortant en courant toutes les trente secondes pour prendre une bouffée d'air frais, avant de retourner voir le volcan.
"Aucun bruit ni rien"11.
Bigelow et le Dr Bacon12 ont fabriqué du "gaz hilarant" et l'ont administré sur le Delta13. Il était bien meilleur que celui conçu par Webster.
Jack Weise14 [sic] en a pris comme d'habitude. King15, étudiant en première année, en a pris un sac et a obtenu des effets surprenants, rien qu'en se jetant sur tous les individus malheureux qu'il croisait et qui ne semblaient pas du tout rechercher sa compagnie. Wheeler, Joe Allen et Hildreth16 ont chacun reçu une dose. Wheeler s'est mis à danser pour amuser la galerie, Joe s'est fait remarquer en sautant par-dessus la clôture du Delta, et Sam a déliré sur Milton, Shakespeare, Byron17 &c. Sam en a pris deux doses. Cela lui a fait beaucoup d'effet. Il avait l'air aussi heureux que peut souhaiter l'être un mortel, parlait avec Shakespeare, Milton & Cie, et semblait parfaitement à son aise avec eux. C'était amusant de suivre l'enchaînement de ses idées et, tout bien pesé, il a offert un plus grand spectacle que tous les autres, mais cela l'a beaucoup atteint et il n'a récupéré qu'après avoir été ramené au Delta et reconduit dans la chambre de Wheeler ; mais le lendemain, il allait bien.
Cette lettre contient un curieux mélange.
Montre-toi aussi indulgent que possible à cause du manque de temps, n'ayant pas l'habitude d'écrire des lettres &c &c.
J'espère que vous allez tous bien, chez toi.
Sincèrement tien
A.G. Peabody.

1. Augustus Goddard Peabody (1818-1877), élève de la Promotion 1837 et diplômé de l'École de Médecine de Harvard en 1844, il exercera dans le Maine.
2. Malade - il semble que cela ait été la première manifestation de la tuberculose, mal familial dont il mourra un quart de siècle plus tard -, Thoreau avait été contraint de quitter Harvard le 21 mai et manquera le reste de l'année scolaire.
3. Il s'agit probablement de Henry Ware Sr. (1764-1845), professeur de théologie à Havard. Sa nomination à Havard avait provoqué un schisme entre conservateurs et libérateurs, et avait été à l'origine de la création de la Divine School.
4. Club de chimie de Harvard, créé le 28 décembre 1815, qui avait pris le nom de sir Humphry Davy (1778-1829), chimiste et physicien britannique, inventeur de la lampe de sûreté pour les mineurs et découvreur de l'effet hilarant de l'inhalation de l'oxyde d'azote gazeux.
5. Henry Williams Jr. (1816-1901), secrétaire de la Promotion 1837, il renoncera à ses études de médecine et exercera la profession d'enseignant.
6. Francis Bowen (1811-1890), diplômé de Harvard en 1833, il y enseigna la philosophie de 1835 à 1839, avant de diriger de 1843 à 1854 la North American Review. En 1850, il sera nommé professeur d'histoire à Harvard, puis professeur de religion naturelle en 1853.
7. L'un des bâtiments abritant les étudiants de première année, à Harvard, qui devait son nom à un marchand anglais, riche donateur de l'Université à ses débuts, sir Matthew Holworthy (1608-1678).
8. Henry Jacob Bigelow (1818-1890), étudiant de la Promotion 1837, sera renvoyé de Harvard le 24 avril 1837, "trois fusils et une certaine quantité de poudre, de munitions et de balles ayant été découverts" dans sa chambre où, de surcroît, "l'une des poutres avait été trouée par des balles de mousquet". Médecin, il exercera et enseignera au Massachusetts General Hospital, où il conduira des expériences pionnières sur l'administration de l'éther comme anesthésiant.
9. John White Webster (1793-1850), diplômé de Harvard en 1811, il avait été nommé, en 1827, professeur de chimie et de minéralogie à Harvard. Il sera pendu pour le meurtre d'un riche médecin bostonien, le Dr George Parkman, auquel il avait emprunté de l'argent.
10. Voir Paradise Lost (Le Paradis perdu, traduction François-René de Chateaubriand), Livre IV, v. 161, du poète anglais John Milton (1608-1674) : "Les vents du nord-est apportent, loin en mer, les parfums du Saba du rivage aromatique de l'Arabie-Heureuse".
11. Voir The Elder Brother (Le frère aîné), Acte II, sc. 4, v. 58-59 des dramaturges anglais Francis Beaumont (1584-1616) et John Fletcher (1579-1625) : "Qu'aucun bruit ni rien ne me dérange".
12. John Bacon (1817-1881), étudiant de la Promotion 1837, diplômé de médecine, il n'exercera jamais et rejoindra l'École de médecine de Harvard.
13. Un terrain de jeux entre Hollis Hall et Cambridge Common, sur le campus de Harvard.
14. John Weiss (1818-1879), étudiant de la Promotion 1837, il deviendra pasteur unitarien ; ardent abolitionniste et défenseur des droits des femmes, il a également traduit Friedrich Schiller et est l'auteur de Life and Correspondence of Theodore Parker (2 vol., 1864) ou American Religion (1871).
15. Dans la Promotion 1840, on trouve deux étudiants nommés King : John King (1816-1890), qui deviendra avocat, et Jacob Gore King (1819-1867), futur juge à New York City.
16. Charles Stearns Wheeler (1816-1843), étudiant de la Promotion 1837, où il est le meilleur ami de Thoreau. Personnalité brillante, enseignant de grec à Harvard, sa mort prématurée ne lui permettra pas de réaliser tous les espoirs placés en lui. Joseph Henry Allen (1820-1898), diplômé de Harvard en 1840 et de la Divinity School de Harvard trois ans plus tard, il deviendra pasteur unitarien et prendra une part active à la Christian Examiner and General Review. Samuel Tenney Hildreth (1817-1839), étudiant et "poète" de la Promotion 1837.
17. Lord George Gordon Byron (1788-1824), poète anglais.

Avis des internautes
Soyez le premier à donner votre avis sur ce produit

Donnez votre avis sur ce produit
Nom*
Email
Titre*
Votre vote: Votre note
Votre message*
Envoyer mon commentaire
Produits similaires
  • Lettre à Louis Guillaume
    10.00 EUR
  • Lettres à sa maîtresse Tome 1
    18.00 EUR
  • Lettres à sa maîtresse Tome 2
    18.00 EUR
  • Lettres à sa maîtresse Tome 3
    18.00 EUR
  • Correspondance (1873-1880)
    18.00 EUR
  • Lettres d'amour
    14.00 EUR
  •  
  • Autoportrait
    14.00 EUR
  • Lettre à CG Bjurström (1958-1976)
    15.00 EUR
  • Correspondance (1966-1978)
    15.00 EUR
  • Correspondance (1966-1977)
    12.00 EUR