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La dernière critique



La lecture de ce livre m'a bouleversée et je n'aurais pu attendre le lendemain pour le terminer, si heureuse de ce printemps et de cette renaissance qui en font le dénouement. La belle écriture de M H Prouteau donne à ce récit son juste sens et sa force. Chaque mot pour dire les maux est "à sa place"; la liaison entre les thèmes abordés est très habile et extrêmement intéressante. Un livre très fort.
Marie-claire, une lectrice de la librairie "Le Bleuet" à Banon (04)
La peur du féminin
Salzman Monique

La peur du féminin ne veut pas dire la peur de la femme, mais plutôt de cette partie inconsciente du psychisme qui, à notre insu, oriente nos vies. Cette peur se manifeste aussi bien chez les filles qui ne veulent pas ressembler à leur mère que chez les hommes qui craignent pour leur virilité.
La fille qui n'a pas trouvé sa position de femme annule la différence entre les sexes en s'identifiant à l'homme. L'homme, quant à lui, se coupera de sa composante féminine qui pourra, comme dans le cas d'Alberto Giacometti, être projetée sur la mère qui devient une divinité qu'il passera le reste de sa vie à affronter pour pouvoir exister.


Format: 14x19
Nombre de pages: 156 pages
ISBN: 978-2-84418-034-0

 

Année de parution : 2004

15.00 EUR
disponibilité : Sous 0 jours
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Le mou

Avachi, flasque (opposé à raide,
rigide) : qui est dépourvu de rigidité, de raideur.
D'après Le Petit Robert

Les trois hommes dont les rêves ont attiré mon attention par leur formulation à peu près identique sont physiquement « en forme », sportifs, musclés. Ils vivent dans une tension physique ou psychique permanente. En termes plus savants, on dirait qu'ils pratiquent une harassante défense maniaque dans laquelle vient s'interposer un rêve où le terme « mou » intervient, soit directement, soit par association. C'est de ce « mou » que je voudrais parler.

Ce qu'il est proposé à ces hommes de lâcher relève du « tendu », du contrôlé, du maîtrisé. Les termes dans lesquels cette proposition est formulée paraissent indiquer une forme de sacrifice à faire qui, sous des apparences anodines, semble viser une réparation fondamentale. Ce sacrifice non violent est vécu comme répugnant, plutôt que comme une castration à laquelle pourtant il s'apparente.
Le premier rêveur qui, dans la réalité, ne commence jamais sa journée de travail sans avoir fait un nombre réglementaire d'allers et retours dans une piscine « pour se maintenir en forme, pour ne pas être mou », s'entend dire, dans un rêve, que l'activité de ses poumons se réduirait graduellement jusqu'à la suffocation et la mort s'il n'arrêtait pas de s'agiter ainsi.
Le deuxième retrouve en rêve un homme qui a tenu dans sa vie un rôle de guide et de modèle exemplaire par son ascétisme et la maîtrise dont il faisait preuve. Mais, dans ce rêve, il apparaît « un peu défait », « mollasse ». C'est bien lui, mais « gros », « dépressif ». D'ailleurs, il a perdu son infaillibilité et ne sait plus très bien dans quelle direction aller.
Dans le rêve du troisième, il est question d'un asiate. Pour le rêveur, les hommes asiatiques se caractérisent surtout par leurs joues rondes, « pas assez fermes ». « C'est mou, pas tendu, comme les fesses d'une femme d'un certain âge ». « Pourtant, ajoute-t-il, ils sont intelligents, et l'intelligence (très prisée par le rêveur) est plutôt associée à du tendu. »

À tous les trois, un rêve demande donc de considérer un mode d'être encore inédit en utilisant des propositions contradictoires. Car, si l'expression même, « mou », souligne la péjoration dont ce mode est l'objet, on remarque en même temps qu'il est chaque fois associé à un autre terme qui, lui, est valorisé : la vie, l'homme exemplaire ou guide, l'intelligence. De plus, chaque rêve est suivi, à très bref délai (parfois dans la même nuit, parfois la suivante), d'un autre rêve où le rêveur trouve ou retrouve un personnage féminin. Car, s'il est bien évident que le « mou » renvoie au féminin, c'est à un féminin péjoré, que ne revendiquent pas non plus les femmes. « Être mou n'est pas conseillé, dit Luce Irigaray, tout doit être façonné et maintenu dans une consistance ferme, et même dure. »1 Et c'est bien ce que l'on ressent dans le rêve de la piscine où le rêveur ne peut pas lâcher son mouvement. En effet, lâcher la maîtrise, le va-et-vient, la navette permanente, serait laisser apparaître le « mou » que cette activité incessante semble avoir précisément pour but de maintenir à distance.

Il est par ailleurs intéressant de reprendre les rêves qui ont précédé ceux-ci :

- Rêve d'un être dépourvu de sexe, cloîtré, pétrifié qui, lorsque passe le rêveur, frémit et se met à pleurer.

- Rêve d'une petite fille, asexuée, qui est retenue prisonnière par des kidnappeurs dont le rêveur constate, à son grand étonnement et avec un profond sentiment de culpabilité, qu'il est complice.

Qui sont ces êtres enfermés ou kidnappés, statufiés ou demeurés enfants que ces hommes ont rencontrés au détour d'un rêve ? Cette absence de sexe n'est-elle pas plutôt l'absence du sexe masculin ressentie comme répugnante ? N'est-elle pas synonyme du « mou » ?

Un chapitre de Jeu et Réalité de Winnicot 2 parle autrement de ce qui me semble être la même chose. Il repère ce qu'il appelle « l'élément féminin à l'état pur », que ce soit chez l'homme ou chez la femme, aux tout premiers débuts de la vie du bébé humain, et il écrit : « Ce que j'appelle le mode de relation objectale de l'élément purement féminin établit ce qui est peut-être la plus simple de toutes les expériences - l'expérience d'être. » Il ajoute : « Le masculin fait alors que l'élément féminin (chez les hommes comme chez les femmes) est. » Si nous continuons à suivre Winnicott, en nous souvenant que pour lui la première défense de l'individu contre les tentatives d'effraction de l'environnement est de protéger le vrai self, par clivage et constitution d'un faux self, on comprend mieux l'enfermement et le kidnapping, l'état de statue ou d'enfant de ce qui est maintenu en dehors de la vie, protégé de toute effraction par un guêt constant, un aller et retour incessant, une activité mentale épuisante. On comprend mieux la mauvaise conscience. Et que lâcher représente de nouveau prendre le risque de cette effraction si perturbante, si mutilante, que l'être s'épuise à en éviter l'expérience renouvelée.
(Justement, dans les trois cas cités, la proposition du « mou » ne s'est faite que lorsque la mère insuffisamment bonne de Winnicott, devenue Grande Mère castratrice et mortifère, a pu perdre de son pouvoir et être mise à distance. Ces rêves ne sont pas des rêves de début d'analyse. Aussi l'analysant peut-il, au moment où cela lui est proposé, accepter de considérer le « mou », c'est-à-dire le regarder et lui accorder de la considération.)

La référence à Winnicott permet de voir que la proposition portée par le « mou » n'est pas aussi simple qu'il y paraît à première vue. Ce n'est pas : accepter de considérer le « mou » permet de rencontrer le féminin (comme la suite des rêves l'indiquerait). Mais, accepter de considérer le « mou » voudrait dire accepter, tout d'abord, de risquer de nouveau l'effraction en lâchant le faire compulsif du faux-self protecteur, pour se laisser glisser dans l'informe, le « défait », le « dépressif » (on pense à la « souille » de Michel Tournier3), dans cet état où « le bébé devient le sein (ou la mère) », et où « l'objet est alors le sujet », c'est-à-dire où tous les repères sont abolis.

 


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