La lecture de ce livre m'a bouleversée et je n'aurais pu attendre le
lendemain pour le terminer, si heureuse de ce printemps et de cette
renaissance qui en font le dénouement. La belle écriture de M H Prouteau
donne à ce récit son juste sens et sa force. Chaque mot pour dire les
maux est "à sa place"; la liaison entre les thèmes abordés est très
habile et extrêmement intéressante. Un livre très fort. Marie-claire, une lectrice de la librairie "Le Bleuet" à Banon (04)
Pierre Guéguen Le korrigan du Vésinet
Théry Jean-François
Fils d'un ménage d'instituteurs de l'Argoat, proche de Max Jacob, Pierre Guéguen fut au cœur du fantastique foisonnement littéraire et artistique des années 20. Enthousiasmé par la révolution qui s'accomplissait dans les arts plastiques, il fut le poète - le prophète ? - qui explique au peintre sa peinture, au sculpteur sa sculpture, à l'architecte son édifice. Il saisit l'émotion, il choisit et décortique les mots qui la disent, et, au besoin, il les invente. Car pour lui « tout est mots, et musique de mots. »
Format: 12x17
Nombre de pages: 196
pages
ISBN: 978-2-84418-211-1
Pierre Guéguen est né le 29 mars 1889 à Perros-Guirec.
Il est fils d'instituteur (Jean-François Guéguen, camarade de jeux d'Anatole Le Braz) et d'institutrice (Anne-Marie Geffroy)
Alors qu'il est encore enfant, ses parents sont nommés à Loguivy-Plougras, dans les monts d'Arrée. Ils y resteront toute leur carrière, ce qui prouve leur engagement de hussards de la République, et la confiance de leur inspecteur d'académie ! Jusqu'à ce qu'ils se retirent à Perros-Guirec, en 1914 semble-t-il.
Pierre Guéguen a deux soeurs, Mimi, et Olga qui deviendra religieuse. Dans une lettre de 1952, il parle de « son frère Yves » qui tient une maison de repos à Toulon, mais ses rares biographes ne lui connaissent pas de frère. En réalité, Yves Guéguen, (le « frère Yves » en question), érudit bretonnant proche des autonomistes, est un ami, homonyme, mais sans au-cun lien de parenté. L'amitié entre les deux hommes durera jusqu'à la mort du poète, si forte que les deux hommes auraient voulu être parents... et le Dr Jean-Yves Guéguen, fils d'Yves, raconte que le poète aurait aimé qu'il l'appelât « mon oncle » !
Lui-même devient enseignant, professeur de Français à Paris, au collège Jean-Baptiste Say, pen-dant la plus grande partie de sa carrière. Il y est encore pendant l'occupation.
Il s'était marié en 1916 avec Thérèse Vincent. Celle-ci a déjà un fils, André Moulinier, avec lequel Pierre sympathise, et qui épousera Mimi ; Pierre de-viendra ainsi le beau-frère de son beau-fils...
C'est du moins ce qu'écrit le Dr Rébillé, médecin et historiographe de Pierre Guéguen1; cependant, il existe une lettre de ce dernier, datée de 1941, où il demande à son ami Maurice Denis d'intervenir auprès de Jérôme Carcopino, alors secrétaire d'état à l'éduca-tion, en faveur de sa sœur « Mademoiselle Marie Guéguen, (cette pauvre Mimi.) », institutrice à Pon-tault-Combault (Seine et Marne), pour la faire muter au Vésinet (Seine et Oise) « près de sa famille ». Pour-quoi l'appelle-t-il « Mademoiselle Marie Guéguen » et non pas Madame André Moulinier ?
D'autre part, la correspondance de Pierre Guéguen nous apprend qu'en effet, il séjournait, épisodique-ment, au Vésinet, quand il voulait écrire en paix. Mais je n'ai pas pu identifier cette « famille » du Vésinet. Peut-être s'agissait-il de la famille d'André Moulinier ? Claire Denis, petite-fille du peintre, écrit qu'après la mort de Maurice Denis en 1943, « Les Guéguen restè-rent proches amis de notre famille. Lors de ses passages au Vésinet, Pierre venait souvent nous ren-dre visite... »2
Il nous faudra, je crois, respecter le mystère du Vésinet.
Lui, en tous cas, habitait seul. Il a eu plusieurs adresses, mais mes parents, et quelques autres amis de cette époque, se souvenaient de la « rue de la France Mutualiste » à Boulogne-Billancourt, où il vivait pen-dant l'occupation. Roger Aujame, futur responsable de la Fondation Le Corbusier, fut hébergé par Pierre Guéguen dans cet appartement, alors qu'il était re-cherché pour le S.T.O., et y vécut ensuite quelques années quand le poète se fut installé dans le midi.
Pierre et Thérèse n'auront pas d'enfant. Vivront-ils longtemps ensemble ? En tous cas mes parents, qui firent la connaissance de Pierre à la fin des années 30, n'ont jamais connu sa femme, et, me semble-t-il, n'en ont guère entendu parler. J'avais posé la question à mon père, qui pensait que son ami devait avoir une famille quelque part en Bretagne, mais n'en savait guère davantage... La plupart de nos amis parisiens étaient dans le même cas.
à la vérité, si le poète était si discret sur ce sujet, c'est que Thérèse était, semble-t-il, atteinte d'une grave maladie et aurait même vécu dans une maison de repos.
En Bretagne, Pierre Guéguen avait conservé la mai-son de ses parents, rue du Petit Nice à Perros-Guirec, et il y venait régulièrement. Il y rencontrait Maurice Denis, dont, comme on l'a dit, il fut très proche. Il y invita Le Corbusier, avec qui il devait se lier, et à qui il présenta Joseph Savina, ébéniste et sculpteur de Tréguier, qui devait exécuter l'œuvre sculpté de l'ar-chitecte, et créer le mobilier de la chapelle de Ronchamp3. En 1924, il y reçut Max Jacob, alors hôte de la princesse Ghyka à Roscoff, pour quelques jours de vacances4.
Pourtant, à partir des années 50, Pierre Guéguen, qui a dépassé la soixantaine, se fixe dans le midi, près de Toulon, d'abord chez son « frère Yves » au Cap Brun, puis dans une maison qu'il a fait construire
« avec l'aide du Crédit Foncier » (lettre de 1952 à son ami M.L.) à la limite de Toulon, au Revest-les-Eaux. Dans les « Agendas » du poète Jean Follain, gendre de Maurice Denis, on trouve le récit de sa visite à Guéguen, en 1958, dans cette maison, baptisée « Le Micocoulier ». Il y vivait entouré d'amis, dont le criti-que André Salmon, qui s'était retiré à Sanary, et de jeunes peintres dont certains, peut-être, sont encore vivants. Son souvenir en tous cas, j'ai pu le constater, n'a pas disparu dans la commune du Revest.
C'est à Toulon que le poète mourut, le 22 Février 1965.
Cette esquisse de biographie doit beaucoup aux documents que m'a communiqués Marcel Laureau, ami intime de mes parents, qui fut le disciple, l'ami et, à l'occasion, le mécène de Pierre Guéguen. J'ai aussi emprunté de nombreux éléments aux articles du Doc-teur Edmond Rébillé dans les « Cahiers de l'Iroise » ainsi que dans le bulletin municipal de Perros-Guirec, (« Vivre à Perros »), pour le centenaire de la naissance du poète, ce dernier article accompagné d'un témoi-gnage de Claire Denis : « Maurice Denis et Pierre Guéguen : une amitié d'artistes ». Les témoignages du Docteur Rébillé, de Roger Aujame, et du Docteur Jean-Yves Guéguen, fils du « Frère Yves », m'ont fourni de précieuses informations. J'ai puisé d'autres éléments dans mes souvenirs personnels ; mais les vi-sites régulières de Pierre Guéguen chez mes parents, qui me fascinaient (quand il venait dîner, il apportait toujours des livres qu'il dédicaçait, ou de nouveaux poèmes qu'il faisait lire à haute voix par mon père, qui adorait cela !), remontent à l'occupation, et je n'a-vais pas dix ans... Je ne l'ai revu ensuite que de temps en temps, lorsque j'étais étudiant, à la faveur d'un dîner en famille derrière l'église d'Auteuil.
Plus utiles que mes propres souvenirs m'ont été les lettres du poète à mes parents, et à la famille Laureau, ainsi que sa correspondance avec Maurice Denis, que, grâce à l'amabilité de la petite-fille du peintre, mon fils Pascal a pu consulter au Musée de Saint-Germain en Laye.
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