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La dernière critique



Recueil d'une belle communion avec la nature, écriture cristalline comme la première aube de l'humanité, « Je vous écris de mes lointains » de Jean-Pierre Boulic nous emmène dans un superbe voyage de la Parole, par le biais d'une prose admirable.
De ces aubes écrites surgissent des visages (Jean Vuaillat, René-Guy Cadou, Gilles Baudry...) avant que la Vie ne s'invente en petites touches minimalistes : un vieux port, les docks, la rue...
Magnifique !
Nathalie Lescop-Boeswillwald
Sur Georges Perros
Le Gros Marc

Il y a fort à parier que Georges Poulot, aujourd'hui voisin au petit cimetière marin de Tréboul de John-Antoine Nau, notre premier prix Goncourt, n'aurait jamais intégré la prestigieuse Compagnie. Trop occupé ailleurs sans doute. Ou trop distrait.
Les trois textes qui constituent cet ouvrage ont été écrits moins de dix ans après la mort de G. Perros par un de ces quatre auditeurs qui constituèrent en cette année 1970 à Brest, tout le public, passablement effarouché d'ailleurs, de ses célèbres « cours d'ignorance ». Ils ne visent à rien d'autre qu'à éclairer, un peu de biais, le visage de Georges Perros, un poète étrangement vivant, c'est-à-dire à la fois, très « ordinaire » et très singulier.


Format: 12x17
Nombre de pages: 64 pages
ISBN: 978-2-84418-109-1

 

Année de parution : 2006

 

 

10.00 EUR
disponibilité : Sous 10 jours
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J'ai toujours pensé que Georges Perros était un farceur. Je ne dis pas un « roublard » naturellement, c'est le mot dont il gratifie Sollers dans sa Correspondance avec Michel Butor. Non, un farceur, et c'est très différent. Un de ces personnages tout à fait capables par exemple de s'échapper sans crier gare du film dans lequel il joue. Ou bien encore de se cacher dans le paysage pendant la partie de chasse. Je songe à ce chasseur narquois des rébus d'autrefois que le dessinateur dissimulait dans l'entrelacs d'une petite forêt d'encre. C'était dans les années cinquante. On le cherchait tous les matins dans le journal et c'était toujours quand, excédé, on s'apprêtait à quitter la partie, qu'il vous faisait coucou à travers le feuillage.
Un être facétieux en un mot, et joueur, une sorte d'adepte, mais un peu enfantin et espiègle de la « blague supérieure ». D'ailleurs, lui et Flaubert, à dix-sept ans, je pense qu'ils auraient fait la paire. à cet âge comme on sait, « on n'est pas sérieux. »
Ainsi, ce 24 février 1983, au Musée des Beaux-Arts, alors qu'on avait rendez-vous, voilà que c'est Carzou qui vient à notre rencontre, et puis Michaux d'habitude invisible, très pâle dans son long manteau noir. On croise Miro aussi avec sa face de lune et Pollock qui discute avec Jean Dubuffet. Même Vieira da Silva est là, sagement assise sur un banc tout près du commissaire de l'exposition. Mais de Georges Perros, point.
La moto sans doute qui n'a pas démarré. Ou bien la présence des commissaires justement, qu'il n'aimait pas trop, c'est vrai, depuis la malheureuse garde à vue de Douarnenez. Car l'animal est têtu, voire même, parfois, un rien teigneux. Et on se dit que cette histoire qu'il a d'ailleurs racontée plus tard dans un petit livre qui sans être de ses plus grands crus n'en frémit pas moins d'une saine et belle colère, il ne l'a peut-être pas tout à fait oubliée.
à moins bien sûr que pour ce vieux
« coulissier » goguenard et chaloupé comme un marin à la retraite, on l'imagine parfaitement d'ailleurs, à présent bien installé dans les coursives de l'au-delà, perché comme un grand-duc avec son œil faussement borgne, l'occasion ne fût trop belle de regarder les choses d'un peu haut. Comme le bon Dieu, finalement.
Et quel régal alors que ce joli gala des emplumés ! Quel spectacle que celui de ces petits bourgeois en tenue « confortable » qui s'extasient religieusement devant ses
« œuvres », des œuvres, étrangement, qu'il ne signait pas. Oui, un plateau comme on n'ose à peine en rêver. Et sûrement s'il avait pu raconter l'événement, à Butor par exemple avec qui il aimait papoter, ils se seraient bien amusés tous les deux. Car les absents d'hier qui ignoraient d'ailleurs jusqu'à son nom ont rappliqué, comme toujours quand on les siffle. On l'entend d'ici, fredonnant avec Enrico Macias dont il aimait autant les chansonnettes que Pelléas et Mélisande : « ils sont venus, ils sont tous là », en pouffant à en pleurer. Il y a la petite politicaille de l'endroit c'est normal, ça fait partie du boulot. Le sympathique carteron local de Madame de Gentreville, veuves de notables « impliquées » comme on dit joliment, « dans la culture », est là aussi, toujours fidèle au rendez-vous. La breizouille institutionnelle, incontournable il est vrai, ne s'est pas fait prier, pas rancunière pour une fois et ouverte à l'autre. Il faut dire que de son vivant Georges Perros ne l'avait pas vraiment ménagée et on goûtera à sa juste valeur ce modeste échantillon : « La radio vient de m'envoyer un petit article paru dans le journal des Bretons de Paris à propos de l'émission. Délicieux. Ces messieurs sont indignés, il paraît que j'ai maltraité leur cher pays, ils demandent à tous leurs compatriotes de faire part de leur colère à l'O.R.T.F afin que, dans l'avenir, on évite pareil désagrément. L'humour et la Bretagne ça fait deux. Je suis bien content. »
Georges Perros était très sélectif et précis. Il n'avait pas horreur de la connerie en soi mais seulement de celle, galonnée et satisfaite qui se haussait du col et cherchait à en imposer. Celle de ce demi-monde des vernissages de province que Marcel Gonzalez, l'ami de Pont-Aven et le compagnon de l'Enfer, son bistrot préféré, avait croqué maintes fois et qui frétillait là comme un poisson dans l'eau, c'est sûr l'aurait comblé. Et puis il aimait les pêcheurs et les choses de la mer. Quand le banc amorçait cet imperceptible mouvement tournant vers le buffet qui marque la fin imminente des discours et que les familiers de ce type de réunions sentent comme d'instinct, on peut dire qu'il se régalait. à sa façon naturellement.
Quant à la « journaille » comme l'appelle gentiment Karl Kraus, elle a délégué son culturel de service. L'échotier local chargé de « couvrir l'événement », une expression qui ne manque pas de sel, quand on y pense, « s'occupe de poésie » et n'est donc nullement dépaysé. Adepte de Grall et de Cadou, il n'a jamais caché que Mallarmé n'est pour lui qu'un pervers qui a empoisonné toute la jeunesse d'un pays incapable désormais d'écrire des choses simples et bien senties. Ah ! Lui et cet autre maître de Perros, comment s'appelle t'il déjà ? Il lui rendra visite au mois de juin 1966, à Douarnenez, quelques mois avant de mourir. Ces deux là auront fait du joli !
Oui, ceux-là sans doute n'avaient pas volé qu'on leur pose un lapin ! Mais le plus drôle, c'était qu'ils ne s'en étaient pas aperçus.
« Tiens, je ne savais pas qu'il peignait ! » « Ce Georges Perros décidément savait tout faire ! » Et les notables incultes et très à l'aise, aussi à l'aise qu'il l'était peu, lui, dans ce genre de cérémonie - je le revois encore au pot de clôture de l'Université d'été, c'était juste il y a dix ans, en juillet 1973, accoudé seul au bar, rétracté, le cou rentré dans un gros pull de laine pas vraiment de saison, tandis que l'invité des vacances, le philosophe Claude Vivien rencontré naguère dans les bureaux du Nouveau Commerce, converse avec le doyen - les notables, disais-je, d'affecter de trouver la chose « intéressante » et même, cela ne s'invente pas, « originale ». Plus loin, les copains de bistrot se mêlent aux jeunes puceaux des « cours d'ignorance » et tout ce monde, comme libéré et soudain saisi d'importance, lui adresse
« post mortem » des « Georges » longs comme le bras. Ils ont de jolis trémolos dans la voix. Une plume au cul et je m'envole.
Car Georges Perros est à la fois plus et moins qu'un écrivain important, c'est un mythe. Il trône dans son clair-obscur, sacralisé jusque dans ses ratés, pris au sérieux quand il jouait, héroïque dans sa modestie. étrange destin tout de même pour ce mystificateur tragique qui écrivait « comme on se mouche », se voulait homme « ordinaire » et barbouillait parfois l'après-midi. Un parfait peintre du dimanche finalement.
C'est qu'à vrai dire Georges Perros ne peignait pas, tout au plus il « peinturlurait », il composait des « petits dessins » comme il le confessait d'ailleurs, « à temps perdu », réservant, quoi qu'il ait dit et même si l'écriture qu'il avait choisie ou plutôt qui l'avait choisi, ne le vit jamais attelé comme le romancier à un chantier, son autre temps à tout autre chose. Jamais en tout cas, il n'a porté la peinture en lui comme une souffrance, comme un travail, comme une œuvre. Ce qu'il laissait ainsi sur le papier avant bien souvent d'en déposer la trace encore toute chaude dans la boite aux lettres de l'amitié, ce sont de simples gestes sortis du cœur, de modestes petits signes de la main, légers comme ces parachutes semés à tous vents sur la couverture des vieux dictionnaires. Pas de corps dans cette peinture, pas de tête ni d'âme non plus. Des soupirs peut-être, comme on dit en musique, des points d'air pour respirer dans les heures creuses et donner à ceux qu'il aimait des nouvelles de ses jours. Pas plus qu'il n'aimait qu'on fouettât les chats, il préférait aux grands-messes un banal ordinaire des paroisses, ritualisé quand même mais sans tralala.
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