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La dernière critique



Recueil d'une belle communion avec la nature, écriture cristalline comme la première aube de l'humanité, « Je vous écris de mes lointains » de Jean-Pierre Boulic nous emmène dans un superbe voyage de la Parole, par le biais d'une prose admirable.
De ces aubes écrites surgissent des visages (Jean Vuaillat, René-Guy Cadou, Gilles Baudry...) avant que la Vie ne s'invente en petites touches minimalistes : un vieux port, les docks, la rue...
Magnifique !
Nathalie Lescop-Boeswillwald
Ce monde en train
Vinclair Pierre

De chez moi au travail et retour, tous les matins pendant une année scolaire, le tgv m'avale et m'entraîne glisser sur ses rails.
à mesure que j'essaie de les nier, de faire comme s'ils n'existaient pas, en dormant ou en lisant par exemple, ces voyages m'épuisent ; jusqu'au jour où j'envisage la stratégie inverse, et commence à les décrire. En considérant chaque trajet comme la scène d'un minuscule drame dont les protagonistes sont tantôt héroïques et tantôt ridicules, en écoutant, en notant ce que font, ce que disent ces héros solitaires, j'ai le sentiment de voyager, enfin, avec eux


Format: 12x17
Nombre de pages: 128 pages
ISBN: 978-2-84418-168-8

 

Année de parution : 2009

 

10.00 EUR
disponibilité : Sous 10 jours
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Le Berger

Les yeux clos (ou à peine ouverts) sur un magazine de publicité dont ils apprennent les mots croisés, ou encore : endormis sur un ordinateur où défilent sans que j'y entende rien, répondant à leurs silencieuses cliques, chiffres et onglets, les travailleurs en costume dépensent comme ils le peuvent l'heure de Train à Grande Vitesse qui leur - qui nous - est impartie. Peut-être suis-je un des seuls en ce wagon à ne pas me divertir, dans le rêve ou le feuilleté d'un livre, de ce voyage ; (je veux dire) à l'habiter, d'une paire d'yeux même ralentie par la colle du sommeil ; à creuser, de la pointe du stylo bic dans son ventre, un territoire, un cancer de phrases : aujourd'hui je décide de descendre dans les mots.
Je suis le Gardien du Troupeau, veillant comme un berger sur ces corps pliés dans leur costume, la mémoire de ce déplacement, ordinaire ou banal, que tous auront pourtant tout fait pour oublier : je noterai leurs gestes, les phrases écloses à la va-vite dans les couloirs de leur bouche pâteuse, je suivrai leur regard, vide lorsqu'il s'échouera sur la bande, accélérée, du paysage, où le réel s'acquitte de la continuité que la quiétude du réveil exige de lui, oui ! Mais déjà les champs se dérobent pour les zones industrielles, et les fermes, pour les immeubles : on arrive. Je range, pris de cours, mon stylo, et saute dans le bus n° 131.

Octobre


Emporte-moi, wagon, enlève-moi, frégate !

C. Baudelaire

Partir

Le soleil bas, qui caresse les bâtiments de la gare, se reflète par éclats dans les plis de la coque gondolée d'antiques ter. Sur le quai les personnes accompagnant les voyageurs ont rangé leur mouchoir, les promeneurs arpentant les alentours des voies s'éloignent, rapetissent, le tgv m'emporte et nous ne les voyons plus. Ils ont laissé la place à quelque immeuble indifférent, au désert inhumain d'une zone industrielle - et bientôt nous ne sommes plus, pour la ville entre les doigts de laquelle le train a glissé comme un menu filet d'eau claire, qu'un souvenir trop vague, rien.
Ainsi sont les départs.
à l'arrêt, dans la gare, au nœud de tout, nous pouvions croire, encore, que notre perception dirigeait le ballet de trajectoires qui fait une ville et que ses habitants toujours renouvelés vivaient pour nous, - c'est lorsque nous partons dans le silence des trains rapides, invisibles (derrière les vitres opaques) aux voitures qui continuent de rouler, aux piétons occupés ailleurs, déjà, indifférents, que nous comprenons notre illusion. Pareil à l'époux mort qui verrait sa veuve aussitôt remariée, ayant versé une larme à peine, après les funérailles, j'ai comme le sentiment, au vu de la ville animée, sans que j'y sois pour rien, d'assister à mon propre enterrement.
Je dis « comme », car quant à moi je reviens demain.

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