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La dernière critique



Recueil d'une belle communion avec la nature, écriture cristalline comme la première aube de l'humanité, « Je vous écris de mes lointains » de Jean-Pierre Boulic nous emmène dans un superbe voyage de la Parole, par le biais d'une prose admirable.
De ces aubes écrites surgissent des visages (Jean Vuaillat, René-Guy Cadou, Gilles Baudry...) avant que la Vie ne s'invente en petites touches minimalistes : un vieux port, les docks, la rue...
Magnifique !
Nathalie Lescop-Boeswillwald
Comment écrire un roman policier
Chesterton Gilbert Keith
Gilbert Keith Chesterton, le créateur du Père Brown, sans doute le détective anglo-saxon le plus célèbre après Sherlock Holmes, livre à travers divers petits textes un véritable bréviaire à destination de ceux qui voudraient s'aventurer dans ce genre littéraire. Mais comme toujours avec lui, ses conseils sont détournés, retors, à contre-courant, pour que puissent s'y exprimer pleinement son esprit mordant et son sens de l'absurde. Car c'est par l'absurde ou le grotesque qu'il démontre que l'intérêt d'une histoire policière ne tient pas tant aux forfaits qui sont commis ou à la traque du malfaiteur, qu'au cheminement intellectuel parfois incongru qui permet de le démasquer. Par la drôlerie de la démonstration sous un faux ton docte, ce vade-mecum vaut bien des intrigues policières.
 

 
Format: 10,5x15
Nombre de pages: 64 pages
ISBN: 978-2-84418-328-6

Année de parution : 2016

 
6.50 EUR
disponibilité : Sous 0 jours
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LE CRIMINEL


    "J'aime les romans policiers ; j'en lis, j'en écris, mais je n'y crois pas. L'ossature et la structure d'une bonne enquête policière sont si anciennes et si connues qu'il peut sembler banal de les exposer, même de façon sommaire. Un policier, assez stupide mais de bonne composition, péchant toujours par excès de compassion, marche dans la rue et, au cours de sa patrouille quotidienne, découvre un homme vêtu d'un uniforme bulgare, tué par un boomerang australien dans une laiterie de Brompton. Après avoir relâché les personnes les plus suspectes dans cette affaire, il fait alors appel à un détective professionnel très tenace, qui lui-même fait appel au détective amateur à l'œil de faucon. Ce dernier trouve, près du cadavre, un lacet, un bouton de chaussure, un journal français et un billet de retour des Hébrides et, implacablement, de chaînon en chaînon, établit un lien direct entre le crime et l'Archevêque de Canterbury".

DÉFENSE DES ROMANS POLICIERS


    Pour tenter de comprendre les vraies raisons psychologiques qui expliquent la popularité des romans policiers, il est nécessaire de nous débarrasser d'un certain nombre de phrases toutes faites. Il est faux de dire, par exemple, que la populace préfère la mauvaise littérature à la bonne et apprécie les histoires policières parce que c'est de la mauvaise littérature. La simple absence de toute subtilité artistique ne suffit pas à rendre un livre populaire. Les Guides Ferroviaires de Bradshaw contiennent quelques saillies dignes d'une comédie psychologique ; pour autant, on ne les lit pas à voix haute en riant aux éclats pendant les soirées d'hiver. Si on lit les romans policiers avec plus d'enthousiasme que les guides ferroviaires, c'est indiscutablement parce qu'ils sont plus artistiques. Il est heureux que nombre de bons livres aient été populaires ; il l'est encore davantage que nombre de mauvais livres aient été impopulaires. Un bon roman policier serait sans doute plus populaire qu'un mauvais. L'ennui, c'est que la plupart des gens ne savent pas qu'il peut exister un bon roman policier : pour eux, c'est comme parler d'un bon démon. À leurs yeux, écrire l'histoire d'un cambriolage, cela revient à le commettre en esprit. C'est assez naturel chez les personnes peu sensibles ; force est d'avouer qu'on trouve dans nombre de romans policiers autant de crimes sensationnels que dans une pièce de Shakespeare.
    Toutefois, il y a autant de différences, sinon plus, entre un bon et un mauvais roman policier qu'entre unne bonne et une mauvaise épopée. Non seulement un roman policier est une forme d'art parfaitement légitime, mais en tant qu'agent du bien public, il possède des avantages bien définis et bien réels.
    La première qualité essentielle d'un roman policier tient au fait que c'est la plus ancienne et la seule forme de littérature populaire dans laquelle on retrouve un peu de la poésie de la vie moderne. Les hommes ont vécu au milieu des puissantes montagnes et des forêts éternelles pendant des générations et des générations avant de réaliser qu'elles étaient poétiques. On peut en déduire raisonnablement que certains de nos descendants pourraient trouver les mitres de cheminées aussi riches et purpurines que les sommets des montagnes, et trouver les réverbères aussi vieux et naturels que les arbres. Manifestement, l'histoire policière est l'Iliade de la métamorphose d'une grande cité en un lieu sauvage et évident. Tout le monde aura remarqué que dans ce genre d'histoires, le héros ou l'enquêteur parcourt Londres de part en part avec un peu de la solitude et de la liberté d'un prince dans un conte au royaume des elfes, et qu'au cours de cet inestimable périple, le banal omnibus revêt les couleurs originelles d'un navire féerique. Les lumières de la cité se mettent à rougeoyer comme autant d'yeux de gobelins, car elles sont les gardiennes d'un secret, aussi grossier soit-il, que connaît l'écrivain mais pas le lecteur. Chaque détour est comme un doigt qui le pointe. Chaque horizon fantastique de chapeaux de cheminées semble désigner d'une manière extravagante et ironique la signification de ce mystère.
    Donner cette dimension poétique à Londres n'est pas rien. À proprement parler, une ville est plus poétique qu'un paysage champêtre car, tandis que la Nature est un chaos de forces inconscientes, une ville est un chaos de forces conscientes. Le calice d'une fleur ou le dessin d'un lichen peuvent ou non constituer des symboles lourds de sens. Mais il n'y a pas une seule pierre dans la rue, pas une seule brique dans un mur qui ne soit, de fait, un symbole explicite - un message envoyé par l'homme, un peu à la manière d'un télégramme ou d'une carte postale. La moindre venelle abrite, dans ses courbes et son tracé intentionnels, l'âme de l'homme qui l'a construite et qui repose peut-être depuis longtemps six pieds sous terre. Chaque brique fabriquée par la main de l'homme contient un hiéroglyphe humain, comme s'il s'agissait d'une pierre gravée de Babylone ; chaque latte sur le toit constitue un document aussi instructif qu'une ardoise recouverte d'additions et de soustractions. Tout ce qui, même sous la forme fantasmagorique de la minutie d'un Sherlock Holmes, va dans le sens de cet art du détail dans la civilisation, de cette mise en évidence du caractère insondablement humain des silex et des tuiles, est bon à prendre. On ne peut que se féliciter de ce que l'homme ordinaire ait contracté l'habitude de faire fonctionner son imagination en regardant dix passants dans la rue, même s'il s'avère que c'est le onzième qui est un célèbre voleur. Nous serions sans doute en droit d'espérer qu'une autre vision romantique de Londres, plus inspirée, soit possible, que les âmes des hommes connaissent des aventures plus étranges que leurs corps et qu'il puisse être plus difficile et plus excitant de traquer leurs vertus que de pourchasser leurs crimes. Mais dans la mesure où nos grands auteurs (à l'exception notable de Stevenson) rechignent à écrire sur cette atmosphère et cet instant palpitants où les yeux de la grande ville, comme ceux d'un chat, commencent à s'embraser dans les ténèbres, nous devons ajouter foi à la littérature populaire qui, au milieu d'un babillage pédant et précieux, refuse de trouver le présent prosaïque ou l'ordinaire banal. L'art populaire, à toutes les époques, s'est intéressé aux us et coutumes contemporains : il a revêtu les personnages au pied de la Croix des habits de la noblesse florentine ou de la bourgeoisie flamande. Au cours du siècle dernier, il était d'usage chez les acteurs confirmés de présenter Macbeth coiffé d'une perruque poudrée et portant fraises et ruches. À notre époque, il est facile de voir à quel point nous nous sommes éloignés de cette foi en la poésie de notre existence et de nos us et coutumes, car il suffit de s'imaginer Alfred le Grand en train de faire griller ses toasts, vêtu de knickerbockers comme un touriste ou bien une représentation de Hamlet dans laquelle le Prince apparaît en froc, avec une bande de crêpe autour de son chapeau. Mais cet instinct de l'époque qui pousse à regarder en arrière, comme la femme de Lot, ne pouvait durer indéfiniment. Il était inévitable qu'une littérature triviale et populaire exploitant les possibilités romantiques de la cité moderne finisse par apparaître. Elle a d'abord surgi dans les romans policiers, aussi sommaires et toniques que les ballades de Robin des Bois.
    Mais les histoires de détective possèdent encore un autre avantage. Alors que le Vieil Adam a toujours tendance à se rebeller contre cette chose universelle et automatique qu'est la civilisation, à prêcher le départ et la rébellion, le roman de l'activité policière nous remet à l'esprit, en quelque sorte, que la civilisation est en soi le plus fantastique des départs et la plus romantique des rébellions. En s'intéressant aux sentinelles infatigables qui gardent les avant-postes de la société, elle nous rappelle que nous vivons dans un camp retranché, livrant une guerre contre un monde chaotique, et que les criminels, enfants du chaos, ne sont rien d'autre que des traîtres dans nos murs. Quand, dans un roman policier, le détective se dresse seul, avec une intrépidité rodomonte, face aux couteaux et aux poings dans un repaire de voleurs, il paraît évident que c'est pour nous redire que l'agent de la justice sociale est le personnage original et poétique, tandis que les cambrioleurs et les brigands ne sont que de vieux conservateurs placides et cosmiques, jouissant de la respectabilité immémoriale des singes et des loups. Partant, le roman de la force policière constitue en réalité tout le roman de l'homme. Il repose sur le fait que la moralité constitue le plus sombre et le plus audacieux des complots. Il nous rappelle que le dispositif policier silencieux et invisible qui nous gouverne et nous protège n'est qu'un ordre de chevaliers errants qui aurait réussi.

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