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La dernière critique



Recueil d'une belle communion avec la nature, écriture cristalline comme la première aube de l'humanité, « Je vous écris de mes lointains » de Jean-Pierre Boulic nous emmène dans un superbe voyage de la Parole, par le biais d'une prose admirable.
De ces aubes écrites surgissent des visages (Jean Vuaillat, René-Guy Cadou, Gilles Baudry...) avant que la Vie ne s'invente en petites touches minimalistes : un vieux port, les docks, la rue...
Magnifique !
Nathalie Lescop-Boeswillwald
Je ne suis pas un monstre
Le Gouic Gérard

A travers ces six nouvelles, aux histoires apparemment sans liens entre elles, Gérard le Gouic sait habilement, au fil de l'écriture, démasquer ce monde des apparences qui risque de nous duper à chaque instant si notre vigilance ne demeure pas en éveil. Dans ces récits de tous les jours, qu'il s'agisse d'un accident d'autocar qui plonge une famille dans le deuil, d'une histoire d'amour, d'un marathonien qui vit sa victoire et des pans de sa vie durant sa course, la réalité est subvertie. Et, livre refermé, nous ne savons plus démêler tout à fait la réalité vécue de la réalité pensée, voire rêvée.


Format: 12x17
Nombre de pages: 128 pages
ISBN: 978-2-84418-070-4

 

Année de parution : 2005

 

13.00 EUR
disponibilité : Sous 10 jours
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Je ne suis pas un monstre. Je suis professeur dans un collège. De mathématiques. J'aime la rigueur des chiffres, mais les mathématiques, ce ne sont pas des chiffres. C'est du rêve, de la poésie. Ici, je suis peut-être un monstre, pour mes confrères et les parents d'élèves, pas dans la vie quotidienne.

J'ai quarante-quatre ans. Je suis marié. Je n'ai jamais trompé Sylvie qui est infirmière. Honorer une collègue, de temps en temps, et rarement la même, ce n'est pas tromper. J'aime Sylvie. J'ai eu une tentative, plus exactement une tentation d'aventure homosexuelle avec un jeune surveillant, mais il était vraiment homosexuel, soumis, j'ai pressenti, jusqu'à la bassesse. Cela m'a dégoûté. Je ne sais d'ailleurs pas ce que j'en attendais. C'était pour voir.

J'ignore si Sylvie m'a trompé. Elle a bien dû se faire peloter par des médecins, comme cela arrive, paraît-il, pendant les gardes de nuit, mais je pense que ses défaillances se sont arrêtées là. Elle ne m'a rien confessé, je sentais toutefois une gêne chez elle lorsque je la taquinais sur le sujet. « Je te dis toujours tout », me répondait-elle. Jusqu'à un certain point sans doute. J'en sais quelque chose, je lui tenais les mêmes propos lorsque je rentrais en retard du collège parce que je m'étais attardé avec la prof de dessin ou celle d'histoire-géo dans un couloir sombre et déserté, ou dans la petite pièce des fournitures dont je détiens une clé.

Je ne suis pas un monstre. J'ai deux enfants, une fille et un garçon, de Sylvie, bien entendu. Ailleurs, je n'en ai aucun. Sylvie a fait une fausse couche il y a plusieurs années, je n'ai pas su si elle l'avait provoquée. Cela nous a arrangés. Nous n'avions plus le goût de recommencer alors que nos enfants étaient adolescents, quatorze ans la fille, quinze le garçon. Ils sont beaucoup plus âgés aujourd'hui, mais dans ma tête ils se sont arrêtés à ces chiffres, surtout le garçon. à jamais ! Pauvre vieux !

Cette année-là, celle de ses quinze ans, nous l'avions autorisé à se rendre en Espagne pour ses vacances de Pâques. Il avait accepté le billet d'avion pour l'aller, mais il nous avait demandé l'argent pour le retour : il voulait se débrouiller seul. J'ai moi-même pratiqué ainsi à son âge. Sylvie n'était pas d'accord, mais elle nous a fait confiance, à son fils et à moi. Il s'agissait de son premier voyage sans nous et il devait avoir l'impression d'aller vivre une aventure, une aventure très

limitée : il se rendait chez son correspondant dont les parents possèdent un magasin dans un quartier bourgeois de Madrid.

Ses vacances se déroulèrent normalement, il nous téléphonait un soir sur deux pour nous raconter ses journées.

Quarante-huit heures avant sa date de retour, il nous a annoncé qu'il avait trouvé une place à bon marché dans un autocar assurant la liaison, non officielle, et aux jours de départ non fixés longtemps à l'avance, Madrid-Nantes. La plupart des voyageurs étaient des émigrés, Nord-Africains plus ou moins clandestins. Pourquoi pas ? Il ne s'agissait pas d'une aventure, tout juste une expérience. En tout cas, le voyage dans ces conditions l'excitait beaucoup. Sylvie s'y était opposée, sans vraies raisons, par principe, par intuition, je crois, aujourd'hui.

Je ne suis pas un monstre et je l'ai mis en garde, par réflexe de père, contre des dangers plus imaginaires que réels, puis je lui ai souhaité un bon retour.

Son arrivée était prévue dans les vingt-quatre heures.

Ce délai raisonnable écoulé, notre fils n'était pas encore là. Les heures se sont succédé dans une attente qui n'était pas inquiète. Nous habitons dans la banlieue de Nantes, à Orvault, et les bus sont nombreux. Notre fils ne savait pas dans quel endroit de la ville le déposerait son autocar, non loin de la gare vraisemblablement. S'il était arrivé tard le soir, ou tôt le matin, il nous aurait appelé d'une cabine.

Nous avons commencé à nous poser des questions le lendemain. Nous avons téléphoné à la famille espagnole qui nous a confirmé le départ de l'autocar, un autocar poussif selon eux, à la carrosserie un peu cabossée, avec notre fils dedans, leurs propres enfants l'y avaient accompagné et avaient assisté au départ avec plus d'une heure de retard, à cause des nombreux colis à arrimer sur la galerie.

L'école a repris et je suis retourné au collège. Sylvie est restée à la maison, près du téléphone. En plein milieu de mon premier cours dans lequel je ne pouvais m'impliquer vraiment, je ne suis pas un monstre, le directeur est venu me chercher. Il fallait que je rentre chez moi de toute urgence. Il n'en connaissait pas le motif, je ne m'étais ouvert à personne de mes préoccupations.

Sylvie était comme une folle. Ses traits étaient déformés, elle ne pouvait pas pleurer des larmes, qu'émettre des sanglots secs et rauques. Elle m'a montré la première page d'Ouest-France, en bas, qui annonçait qu'un autocar de Madrid se dirigeant vers Nantes avait été gravement accidenté au passage des Pyrénées. Le véhicule avait basculé dans un ravin, pas très profond, mais il avait pris feu et on craignait de nombreuses victimes, mortes carbonisées. La date correspondait et nous eûmes aussitôt la certitude que notre fils se trouvait parmi ces victimes. L'accident s'était produit à cheval sur la frontière, si bien que, d'après l'article, on ne savait s'il avait eu lieu en France ou en Espagne, d'où le retard des secours, l'incertitude des enquêteurs quant à leurs prérogatives. On s'en foutait bien, nous, des états d'âme des enquêteurs si notre fils était disparu.

Sylvie était incapable de terminer une phrase, elle tremblait sans cesse, moi aussi, par contagion, je ne suis pas un monstre. Elle aurait préféré prendre la place de notre fils, pour lui sauver sa jeune vie. Je l'approuvais, je revendiquais à mon tour ce privilège, en quelque sorte, je ne suis pas un monstre, je le répète. Il nous fallait réagir, agir ! Sylvie a désigné le téléphone. Nous devions informer la police de notre situation, obtenir des renseignements sur l'accident. J'étais si nerveux que je n'ai pas réussi à trouver le numéro du commissariat dans l'annuaire, mes lunettes étaient recouvertes de buée. Et Sylvie qui hurlait de douleur et d'impatience ! Nous nous sommes précipités, nous soutenant et trébuchant, vers le commissariat à deux pas de chez nous...

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