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La dernière critique



Recueil d'une belle communion avec la nature, écriture cristalline comme la première aube de l'humanité, « Je vous écris de mes lointains » de Jean-Pierre Boulic nous emmène dans un superbe voyage de la Parole, par le biais d'une prose admirable.
De ces aubes écrites surgissent des visages (Jean Vuaillat, René-Guy Cadou, Gilles Baudry...) avant que la Vie ne s'invente en petites touches minimalistes : un vieux port, les docks, la rue...
Magnifique !
Nathalie Lescop-Boeswillwald
L'homme qui a vu le diable
Leroux Gaston

Dans la plus pure tradition de la littérature fantastique d'il y a cent ans, L'homme qui a vu le diable est une nouvelle méconnue et redoutablement efficace de l'auteur de Rouletabille.
Dans une gentilhommière lugubre perdue au milieu des Vosges, par un soir d'orage, se retrouvent quatre chasseurs, une vieille servante, un intendant fébrile et un chien muet. Sur la porte du chalet, quand arrivent Allan, Mathis, Makoko et le narrateur, ils reconnaissent le signe légendaire de l'homme qui a vu le diable et a contracté un pacte avec lui pour ne jamais perdre au jeu. Allan qui ne prête aucun crédit à ces légendes décide de défier le propriétaire des lieux. Tout y est : l'armoire qui craque, la tempête déchaînée à l'extérieur qui bloque les infortunés comparses dans cet endroit isolé, perdu au milieu de nulle part. Avec un sens remarquable de la mise en scène, Gaston Leroux entraîne le lecteur dans une histoire haletante, où le fantastique côtoie l'humour.


Format: 10,5 x 15
Nombre de pages: 64 pages
ISBN: 978-2-84418-342-2

Année de parution : 2017

6.50 EUR
disponibilité : Sous 0 jours
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Le coup de tonnerre fut si violent que nous pensâmes que le coin de forêt poussant au-dessus de nos têtes avait été foudroyé et que la voûte de la caverne allait être fendue, comme d'un coup de hache, par le géant de la tempête. Au fond de l'antre, nos mains se saisirent, s'étreignirent dans cette obscurité pré­historique, et l'on entendit le gémissement des marcassins que nous venions de faire prisonniers. La porte de lumière, qui, jusqu'alors, avait signalé l'entrée de la grotte naturelle où nous nous étions tapis comme des bêtes, s'éteignit à nos yeux, non point que l'on fût à la fin du jour, mais le ciel se soulageait d'un si lourd fardeau de pluie qu'il semblait avoir étouffé pour toujours, sous ce poids liquide, le soleil.
Il y avait maintenant au fond de l'antre un silence aussi profond que cette nuit soudaine. Les marcassins s'étaient tus sous la botte de Makoko. Makoko était un de nos camarades, que nous appelions ainsi à cause d'une laideur idéale et sublime qui, avec le front de Verlaine et la mâchoire de Troppmann, le ramenait à la splendeur première de l'Homme des Bois.
Ce fut lui qui se décida à traduire tout haut notre pensée à tous les quatre, car nous étions quatre qui avions fui la tempête, sous la terre : Mathis, Allan, Makoko et moi.
- Si le gentilhomme ne nous donne pas l'hospitalité ce soir, il nous faudra coucher ici...
À ce moment, le vent s'éleva avec une telle fureur qu'il sembla secouer la base même de la montagne et faire trembler tout le Jura sous nos pieds. Dans le même temps, il nous parut qu'une main soulevait le rideau de pluie opaque qui obstruait l'entrée de la caverne, et une figure étrange surgit devant nous, dans un rayon vert.
Makoko m'étreignit le bras :
- Le voilà ! dit-il.
Je le regardai.
Ainsi, c'était celui-là que l'on appelait le gentilhomme. Il était grand, maigre, osseux et triste. La pénombre fantastique, le décor exceptionnel dans lequel il nous apparaissait, contribuaient même à le rendre funèbre. Il ne se préoccupait point de nous, ignorant certainement notre présence. Il était resté debout, appuyé sur son fusil, à l'entrée de la grotte, dans le rayon vert. Nous le voyions de profil : un nez fort, aquilin, un nez d'oiseau de proie, une maigre moustache, une bouche amère, un regard éteint. Il était nu-tête ; son crâne était pauvre de cheveux, quelques mèches grises tombaient derrière l'oreille. On n'aurait pu dire exactement l'âge de cet homme ; il pouvait avoir entre quarante et soixante ans. Il était habillé d'un vieux complet de velours marron fort usé et avait de grandes bottes qui lui montaient à mi-cuisses. Mon regard, en descendant le long de ces bottes, rencontra quelque chose que je n'avais point aperçu tout d'abord, et qui était entré dans la caverne en même temps que l'homme : c'était une sorte de chien sans poil, à l'échine huileuse, bas sur pattes et qui, tourné vers nous, aboyait. Mais nous ne l'entendions pas ! ce chien, de toute évidence, était muet, et il aboyait contre nous, en silence.
Tout à coup, l'homme se tourna vers le fond de la caverne et nous dit, sur un ton empreint de la politesse la plus exquise :
- Messieurs, vous ne pouvez rentrer à La Chaux-de-Fonds ce soir ; permettez-moi de vous offrir l'hospitalité.
Puis il se pencha sur son chien : - Veux-tu te taire, Mystère ! fit-il.
Le chien ferma sa gueule.
Makoko grogna. Cette invitation était bien faite pour le stupéfier et pour nous étonner. Dans notre détresse, nous avions pensé à l'hospitalité du gentilhomme, sans y croire et... sans l'espérer. Depuis cinq heures que nous chassions sur cette crête, d'où l'on pouvait apercevoir le plateau inculte où s'élevait la gentilhommière, Mathis et Makoko nous avaient raconté, à Allan et à moi qui n'étions point du pays, les histoires les plus invraisemblables sur l'hôte de ces bois. Quelques-unes, inventées par les vieilles de la mon-
ta­­gne, le représentaient comme ayant com­­merce avec l'esprit malin. Toutes aboutissaient à cette conclusion que l'homme était inabordable et n'abordait jamais personne.
Il vivait là, enfermé dans sa gentilhom-
mière avec une vieille domestique et un intendant aussi sauvage que lui, et cela depuis des années innombrables. Dans la val­lée, personne n'eût pu dire à quelle époque cet être mystérieux, qui ne descendait jamais de son nid d'aigle, s'était installé dans la montagne.
Il fallait nous décider, prendre un parti. Allan et moi, aidés des éléments, eûmes tôt fait de vaincre la répugnance de Makoko et de Mathis et nous suivîmes notre hôte singulier, dès qu'une courte accalmie nous eut permis de quitter notre refuge...
Quand nous arrivâmes à l'antique manoir, une bonne vieille, courbée sur un bâton, semblait nous attendre ou tout au moins attendre son maître sur le seuil d'une grande salle, désolée, et triste telle ces grandes sal­les des gardes d'autrefois, dont l'unique mobilier et l'unique ornement semblait être le foyer immense, dévorateur de forêts.

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