Bonjour visiteur, vous pouvez vous connecter ou vous enregistrer

Mon Panier
Aucun article dans le panier
 

Recherche

Entrez un mot-clé


 

La dernière critique



La lecture de ce livre m'a bouleversée et je n'aurais pu attendre le lendemain pour le terminer, si heureuse de ce printemps et de cette renaissance qui en font le dénouement. La belle écriture de M H Prouteau donne à ce récit son juste sens et sa force. Chaque mot pour dire les maux est "à sa place"; la liaison entre les thèmes abordés est très habile et extrêmement intéressante. Un livre très fort.
Marie-claire, une lectrice de la librairie "Le Bleuet" à Banon (04)
Périple en Patagonie (Un)
Huet Karin

J'ai pagayé, solitaire, par les îles et les chenaux où naviguaient autrefois les Indiens Chonos. J'abandonnais un temps les amis et les parents pour les embruns et la pluie. Et pensais qu'il ferait frisquet. Mais ce fut un voyage dans la chaleur. Celle des gens de mer et des gens du rivage : fermiers amphibies, plongeurs d'oursins, éleveurs de saumons, savants ès baleines, négociants d'algues, camionneurs en ferry, pêcheurs de merluza, déplacés volontaires de toutes sortes, descendus le long de la côte immense du Chili.


Format: 12x17
Nombre de pages: 528 pages
ISBN: 978-2-84418-204-3

 

 

 

19.00 EUR
disponibilité : Sous 10 jours
Faites votre choix :
Quantité :
Ajouter au panier
J'ai voyagé avec les mains. Je crochais la pagaie, les jambes crispées dans la coque, tellement, tellement apeurée, est-ce que j'aurai la force, est-ce que j'aurai l'adresse, est-ce que j'aurai la chance ?
Le soir j'accostais, le train arrière ankylosé, dolent. Porter (toujours, les mains : occupées), porter le bateau hors d'atteinte de la marée, les sacs pour l'abri, les sacs pour la nourriture, les cailloux pour ancrer la tente dans le sable ou sur la roche et les branches mortes pour allumer le feu. Prévoir le vent, la pluie, un toit pour le bois, arrimer la pagaie. Une barrière de broussailles contre l'assassin ou le puma. Contre ma peur en tout cas. Détacher le pistolet lance-fusées du gilet de sauvetage, le cacher sous le matelas.
J'ai quitté la maison parce qu'un homme...

Sa fille, une fillette poète avec des fossettes, avait admiré ma camionnette le long du trottoir, l'intérieur de roulotte, le tapis arabe en rayonne, la main-de-Fatma-miroir et les appui-têtes où j'ai brodé des visages. Elle avait déclaré : C'est la plus belle voiture que j'ai vue !
Elle n'avait pas commenté l'inscription façon publicité collée sur les flancs : tout engin à moteur NUIT GRAVEMENT AU CLIMAT / à utiliser avec modération. (Une fois, j'ai trouvé un papier sous l'essuie-glace : J'avais pas remarqué que cette caisse était à pédales).
4 juillet, bonjour ! / Je suis Karin / celle qui écrit / sur sa carrosserie / celle de la voiture à deux têtes / et plein d'étagères. / Dans ma maison / y a une seule tête. / La mienne / qui réfléchit / au moyen de te voir. / Je suis chez moi cet été / et j'aimerais te connaître.
Un mot dans la boîte aux lettres du papa. Mon quartier, à Marseille, est un genre de village.
Cet homme grand, poilu, avec des yeux intelligents, avait répondu à mes avances Moi aussi j'aimerais te connaître. C'était un SMS et, dans la rue, en le lisant, de joie, j'avais sauté comme un cabri.
Il était venu chez moi, il avait posé des questions pertinentes et répondu aux miennes. Puis il avait dit que je pourrais avoir une tortue, comme compagnie dans mon jardin, la nuit était tombée et soudain il avait disparu. Sans à bientôt, sans à demain. Moi qui avais acheté des aubergines pour les lui préparer gratinées à dîner (gros gros effort de ma part) et aussi pain, beurre et confiture, denrées de petit déjeuner (sait-on jamais ?).
Puisque aucun homme ne m'aime... Zou ! En Patagonie.
Ne pas croupir de langueur.

J'avais du mal à croire que c'était Elle, cette file de nuages bizarres un peu anguleux. Avec des taches. Comme des vaches bretonnes à la robe estompée. Sommets et non nuages puisqu'ils restaient immobiles en dépit du vent, rangés au-dessus de la grisaille de la mer. Durant des jours, j'ai suivi la côte est de la Grande Île de Chiloé. Un matin, le ciel s'est dégagé : sur le continent, à bâbord, au-delà du Golfe, la Cordillère ! Oui c'était Elle, d'un bout à l'autre de l'horizon, un demi doigt de gris, le bord supérieur en dents de scie, des neiges éternelles planant au-dessus. Les Andes ! Cette longueur, on n'a pas l'habitude.
Quelquefois, Elle me surprenait à un détour de l'archipel de Chiloé : un volcan blanc surgissait comme une dent de requin au coin de l'île Mechuque.
Ils jouaient les filles de l'air pendant des jours, ces fuji yama de la Cordillère. Alors, quand il s'en pointait un, je ne savais plus bien auquel j'avais affaire. Ça ne fait rien, je le trouvais pratique. Je le tenais à l'œil, je décidais de me l'escamoter derrière tel ou tel îlot, si j'y arrivais ça me prouverait que j'avançais. On appelle ça prendre un alignement, quand on est loin de terre comme je l'étais, on ne se voit pas progresser. Je te le faisais glisser comme un pion d'échiquier, ça pouvait prendre une heure, mais quelle satisfaction, le jeu ensuite consistait à le faire réapparaître en avant de l'îlot, là c'était la victoire.
En déplaçant mes volcans, je me rappelais Mónica, mon amie chilienne, un jour, en France. Elle venait de quitter sa ville natale, ses amis et sa famille pour se marier et vivre à Sancey-le-Grand. Elle a le visage court, de longs cheveux d'Indienne. Elle m'a avoué que ce qui lui manquait le plus c'était la Cordillère. À Santiago, disait-elle, c'est ton repère, Elle est toujours là, tu sais où tu vas.

Patagonie. J'emploie ce terme par commodité. Pour les Français, ça sonne. Dans mon entourage, on n'ignore pas que ça se situe au sud de l'Amérique du Sud. C'est toujours ça. Certains prononcent Penta-gonie, par contagion de l'Hexagone, j'imagine. Ça vous la diminue. Parfois je doute que mes amis entendent le hurlement du vent à travers les défilés sauvages lorsqu'ils profèrent ce nom. Avant mon départ, ils me disaient Tu vas rencontrer comment il s'appelle déjà Florent Pagny. Qui c'est ça ? gri-maçais-je. Le chanteur ! Il a acheté des hectares de pampa... Ah non, c'est pas là que je vais !
J'allais là où l'atlas me montrait des milliers d'é-clats de terre, comme un pare-brise brisé, et l'océan dedans.
Là, les hommes qui, génération après génération, avaient peuplé à pied le continent depuis le détroit de Behring, s'étaient mis à pagayer.
Où cette mutation a-t-elle eu lieu ? Tout au sud, là où la pampa bute contre le détroit, après qu'on a contourné par le levant la Cordillère et les calottes glaciaires ? Ou bien avant, des centaines de jours de marche au nord, là où on découvre que ce lac-ci, contrairement aux autres, est salé, que le rivage rejoint la plage marine et que la colline à l'horizon est une île ? Nul ne sait.
Ils se sont fabriqué des pirogues, en cousant des écorces, en creusant un tronc ou en taillant trois planches. Ils ont habité ce labyrinthe de chenaux où s'emballent les vents et se ruent les marées. Une famille par canot. Ils ont cherché de quoi manger. Les hommes ont abordé les rookeries exposées pour harponner les otaries. Les femmes ont plongé sous les eaux glacées pour arracher les grandes moules aux rochers. Ils ont trouvé les rares criques où camper des huttes de branches et de peaux, au pied des roches à pic et de la jungle touffue comme une éponge. Ils laissaient les armatures de branches, pour quand ils reviendraient, et dans leurs pirogues emportaient le feu et les peaux. Ils n'ont jamais cessé de se déplacer. Et cela pendant six mille ans.
J'allais au pays des nomades de la mer.

Être ou ne pas être en Patagonie n'avait aucune importance mais tout de même... Il fallait que je sache. Pour mes copains de France.
Au sommet d'une colline dominant le bourg de Melinka. Au moins, on est en Patagonie, ici ? ai-je demandé.
Flottement.
La brunette à qui je posais la question était du pays. Chilienne. Elle terminait une thèse de biologie marine sur l'habitat des baleines bleues et des jubartes. Elle venait de me rétorquer vertement que, bien sûr, nous ne pouvions pas voir l'île de Guafo depuis la colline où nous nous trouvions ! Puisque trente milles marins nous en séparaient. (M'étais sentie mouchée ; pas assez potassé mes cartes plastifiées.) Cela faisait trois étés qu'elle passait le mois de février sur cette éminence, à scruter les flots, guettant un souffle, un remous, un dos, une queue. L'expérience. La précision tech-nique. L'honnêteté et le sérieux scientifiques. Je pouvais lui faire confiance.

Avis des internautes
Soyez le premier à donner votre avis sur ce produit

Donnez votre avis sur ce produit
Nom*
Email
Titre*
Votre vote: Votre note
Votre message*
Envoyer mon commentaire
Articles conseillés
  • Passage aux Iles Féroë
    15.00 EUR
  • Marcher des jours entre l'écume et la dune
    12.00 EUR