Tugny Emmanuel - La vie Scolaire  
     
                 
 

Résumé :

La Vie scolaire est un dictionnaire des idées reçues tordu par la poigne faramineuse d'Artaud le Momo, un documentaire du suicidé de la société, mais dans une version sous-titrée par Claude Allègre, un cauchemar de vie quotidienne saisi dans sa fugacité, une existence appliquée à ne pas se tromper, avec pour tout horizon cette trop plausible désespérance organisée, hiérarchisée, normalisée d'un monde qui, sans y prendre garde, s'est coulé comme un plâtre dans la métaphore généralisée du scolaire. Tout est scolaire.

Extrait :

Rouleaux de printemps

Il ne s’agit pas d’aduler, mais d’éduquer. L’élève est au centre des pratiques enseignantes. Cela ne veut pas dire qu’il y est roi, je m’excuse bien. Au centre de la réforme des pratiques enseignantes / des savoirs savants pour tous / dans le respect, bien entendu, des consignes officielles, pour autant qu’on y regarde à deux fois, je m’excuse bien, dans le souci constant d’adapter au terrain sans toutefois, je m’excuse, bien, faire courir un risque d’éclatement à l’idée de république, quoi qu’on lui fasse actuellement subir, on ne sait plus en effet trop bien ce que c’est que c’est / je suis d’accord / on ne sait plus très bien ce que c’est mais on est d’accord qu’il y a quelque chose là-dessous / souder la communauté autour de projets communs de bien public – ou je rêve – souder nos pratiques enseignantes, sans renoncer à la liberté de l’enseignant / dans son contexte interactif de classe – je veux dire – . On a trois points d’attaque dont l’un est la surveillance et le contrôle / une sorte de veille de nos pratiques enseignantes, de leur adaptation avec le travail en équipe et tout ce qu’on fait / qu’on a raison de faire, ce n’est pas le ministère, le syndicat non plus, qui le feront à notre place.

On a trois points d’attaque – si tu veux bien, je poursuis, Brice, je ne t’ai pas interrompu – .

Le premier point d’attaque est la vigilance par rapport au vécu de l’élève.

Le premier point est le vécu de l’élève qui est le centre mais – si je peux me permettre – qu’on peut mettre au centre sans aduler sans / ni gâtifier.

Le deuxième point d’attaque, c’est établir des règles de fonctionnement / de modus vivendi, pour nous les enseignants, collégialement, sans distinction de niveau et tout.

Evelyne…

Le troisième, qui n’est pas le dernier et sur lequel tu es passé un peu vite, Brice, si je peux me permettre / je m’excuse.

Le troisième, c’est l’écoute totale, je veux dire, l’écoute interne / externe, de la vie de l’école, de la vie scolaire et de la vie, comme tu as dit justement, civile, dans le respect de chacun et la curiosité totale.

Le sentiment d’exclusion chez les élèves, il est fort. Il est fort fort. Très fort, aujourd’hui. Il faut centrer notre action / articuler notre action sur la base de cette inquiétude, en ayant vachement l’exigence du projet, du projet d’enseignement collectif, dans le respect des consignes officielles, je ne dis pas le contraire, mais dans le respect intelligent, adapté aux conditions qui sont ce qu’elles sont, respect des consignes qui sont la république – on n’en sort pas – bien sûr, qui sont la république, mais on n’est plus non plus au dix-huitième, je veux dire – je m’excuse –.

Evelyne…

D’abord, on résout les problèmes, on comprend les énoncés, on maîtrise l’expression dans l’écoute de l’autre, le sentiment, le désir – le mot est lâché, pas vrai, Brice ? – de l’autre, on organise ses connaissances, on argumente – on sait ce qu’un argument est : un argument c’est –. On observe, on imagine éventuellement – pourquoi « éventuellement » ? A fond je veux dire ! – . On crée, on s’informe / on est en prise, on n’est pas dans sa bulle, on adapte sa pratique, on construit – construire est le mot dans l’écoute – l’esprit critique de l’apprenant dans le souci constant – ce à quoi nous assistons, c’est – dans le constant souci – à quoi nous assistons – de l’adaptation des consignes qui ne valent pas engagement – ou je rêve ? – et on persévère dans le projet collectif, on articule projet collectif / attitude personnelle face à la classe (je veux dire).

Ensemble, on articule.

Pour moi, ce sera rouleaux de printemps.

Tu commandes déjà, toi ?

(Ben) ça l’intéresse vachement, nos histoires, il commande déjà !...

 
     
             
     
   
           
  Tugny Emmanuel - Rheu    
                 
  Résumé :  
                 
Extrait :        
         
               

   
     
Tugny Emmanuel - Les Trente
             
  Résumé :
             
Extrait :    
     
             

   
     
Tugny Emmanuel - Mademoiselle de Biche
             
  Résumé :
             
Extrait :

Quand elle eut suffisamment filé à mort, fichu en vrac les pédales pour plus rien voir dans la vitesse. Quand elle eut fichu en route en l’air des fleurs et des lapins, sa bouche de biche toute en carton, sèche et sous les mouches. Quand elle eut foncé et bourré à mort dans l‘automobile décapotable vers le stuc baroque de la petite gare, Biche vit émerger, fatigués, du brouillard, de l’imprécison des fanaux bleus d’où sourdent en général, gothiques, les

barbares des Ecosse, un chien mauve qui dit « salut », et deux trois voyageurs à écharpes, et deux trois gars de permanence qui faisaient matin leur office et reniflaient l’éther. « A votre service mèdème ». Ils suivirent du regard, quand elle clopina d’un coup sec sur le marchepied, sa petite perspective culière en U dans le vent qui piquait.

De partout des nuées de gens déboulèrent, se foutant, dans les narines, les pieds, peu importe, pour se lover sous sa culotte.

« Mademoiselle de Biche ! Miss de Biche ! » ventaient-ils de conserve, comme un vent.

Biche de Biche, souveraine, fit de tout ce monde une boule et la lança du regard très loin en répondant : « oui, absolument, Biche de Biche, qui vous sert et dit boujour. La compagnie ».

Tout de même elle retint - avant qu’il ne regagnât comme les autres le fossé d’êtres où de nouveau chacun s'était tapi -, le chef de gare qui, se les pressant comme déjà il l’aimait, lui dit mille fois pardon bichon et puis lui dit que le train pour lequel elle nous valait l’honneur de cette visite de si bon vent qui l’amenait aurait du retard, c’est point ma faute.

Biche de Biche l’embrassa, bonne fille, et le caressa un peu. Ce n’était rien bien sûr, beau comme tu es, toi qui me l'annonces. Elle s’en alla faire patience sur un banc, la jambe rose comme une mer étale et les aubes, bisant ses ongles.

On l’aimait aussi à présent qu’elle tirait la langue et ses poils d’aisselles, lasse extrêmement, sûre qu’elle plaisait sur son banc, bien sûre et gentille tout de même.

Elle s’offrit, pour patienter, aux baisers du chien qui, mauve, tirait sa langue comme la foule des trous des fenêtres des bâtiments et du fossé qui observait de nouveau Biche, sa langue de chien comme un serpent de rose labile et comme un frère, qui lui léchait ses pieds.

Elle fit la simple et lui sourit. Je suis-t-y pas belle, une biche, hein mon chien, mon gros chien ? Merci mon chien.

Elle fut très simple.

C’était en somme par excès d’orgueil qu’elle parvenait, pas vrai, à rester simple. Le chien grattait son dos, elle l’embrassa et but sa langue.

 
     
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