vers un midi
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prodigieux, le nombre
qui tient les fils du temps
mais un chiffre suffit-il
au mystère du monde
quand une chose se désigne
d'un buisson de paroles ?
plus grand amour qu'il n'en reste de trace
tu espères qu'il advienne en ton séjour
toi qui n'as de chance qu'à ouvrir un vide assez large pour une pensée nouvelle
et quoique tu renies la pensée close
qui fige le monde en illusoire ordonnance
tu gardes fidélité pour l'amulette
informe dans le secret d'une poche
dans l'obscurité, comme une enfance
non encore dépliée, c'est rare
qu'une infime lueur au moins
ne donne prise à un désir d'aube
et la roue des feuillages aussi peut bruire
d'un vent qui lève les nuages
en silence, tu marches
dans l'ébauche de ton être
vers nul ailleurs, parmi les arbres
posés comme autant d'énigmes
indéracinables et, noir
comme charbon, tu portes
le désespoir
derrière le masque d'un sourire
tu marches
avec seulement la force d'un pas
encore, toujours
mais les mortels qui cheminent
par les sentiers indéchiffrables
c'est vers une évidence bleue
qu'ils portent leur désir d'eau
et c'est d'un mât
qu'ils espèrent prolonger l'arbre
quand le matin replie une paupière
sur quelque stérilité lapidaire
(mais que baigne une mer) il ne reste
des nuits anciennes qu'un pâle souvenir
aussitôt conjuré d'un rire initial
une dernière fois, tu regardes
ton image et droit tu marches
vers un ciel innocent
dans la clarté encore fragile, mais
qui déjà s'établit
dans une indiscutable pérennité
quelqu'un demeure
mais qui peut dire en quelle ombre
se tient cette présence ?
(d'un être enfui ou bien encore
à venir ? ou le songe seulement
d'un geste parfumé ?)
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l'oiseau-lumière
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dans le livre s'ouvrent
des paupières
sur l'or du monde
entre l'herbe et la foudre
dans le livre se recueille
la rosée des matins insurgés
dans le livre
une main conjure
la mort sur les lèvres
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aurore
est le nom des oiseaux
lumière celui de l'homme
qui s'éveille
dans le luxe d'une heure
où se déploie
l'appel d'un air immense
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au loin
la terre barrée d'une ligne
le ciel insaisissable
le champ sombre
le pré cru
des plans se coupent
pour maçonner le paysage
dans cette rigueur nue
vol de flocons :
l'épiphanie d'un cerisier
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l'oiseau
sur les paupières de l'aube
allège la mémoire
l'oiseau-lumière
poème
sans demeure