île Grande a ses abîmes tout comme nous avons nos abîmes et nos obscurs destins.
- Nul ne peut ramener toute la mer dans ses filets.
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île Grande zigzague, écumeuse et diverse, le long d'une mer épaisse et forte - l'hiver surtout, quand l'eau se soulage de vapeurs blanches et que le sable se crispe sous le froid.
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Les chroniques parlent de violence.
- Les ancêtres ont connu la fureur des révoltes et la fureur des flots.
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Le ciel déverse d'étranges lumières. Les oiseaux crachent du blanc.
La mer noircit.
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On dirait qu'il va neiger.
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Les petites chouettes du cimetière montent une garde retorse. Les pins craquent.
- L'anima vagula blandula accepte de se perdre.
Sans doute celui qui se promène ici doit-il avoir le cœur ferme et l'esprit clair pour affronter ces roches qui sont parmi les plus anciennes d'Europe.
La poussée du magma primordial a fait jaillir non seulement le granite mais des gneiss icartiens, enfouis dans les profondeurs kilométrales de la Terre ; puis rejetés à l'Ouest, sur les falaises.
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L'île s'enroule et tourne. Elle relève de la nécessité qui fait tourner la Terre autour de son axe.
La respiration qui la pénètre vient du temps immense, anonyme, de la création du monde.
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On se promène les yeux ouverts.
La vie est plus alerte, la jouissance plus profonde.
- Il est permis de jouir du monde.
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Des ombres pâles se gonflent au-dessus de la grève du Dourlin où la mer déroule et réenroule aussitôt, sans fin, ses rouleaux glacés.
- Chaque vague est une déferlante qui efface les événements qui ont eu lieu.
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« Je refais corps avec toi, je suis moi aussi d'une phase et de toutes les phases.
Je partage l'influx et l'efflux, moi, le poète... »
Tout a son flux et son reflux, ses marées hautes et basses.
L'abîme appelle l'abîme :
l'abîme du monde
l'abîme du cœur
l'abîme du désir
... L'île est la rescapée d'un cataclysme.
Elle est tenue depuis son fond par un vaste tenta-cule de granite - qui fut montagne.
Son émergence est la résultante de la proclivitas de l'univers.
Rhusis, poussée de la mer.
L'archaïque affleure.
Elle a fait irruption et s'éclaire à présent de la lumière des météores qui lui donnent sa figure dans les remous de l'eau qui l'entoure.
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Cela produit toujours un fort effet sur moi. C'est comme si je voyais sortir le protoplasme de la Terre ; et que l'île naisse et se constitue sous mes yeux.
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La plage est blanche d'une lumière inédite qui se dissout dans les flancs à peine cicatrisés des rochers.
- L'histoire a été absorbée comme pluie ou neige parmi le chiendent et les mouettes pourrissantes sur le sable gelé.
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J'avance, je reviens en arrière, je bifurque par le premier chemin qui se présente pour m'égarer et peut-être égarer ceux qui voudraient me suivre.
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Pendant ce temps les sternes se rassemblent sur le flot sombre.
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C'est la fin de l'hiver : il n'y a personne, il n'y a rien. Hormis quelques mirages, telle cette neige, tombée d'un coup, lançant un défi au sol d'une blancheur étonnante et noircissant la mer - semblable à un jeu du destin.
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... Je n'avais jamais vu neiger sur l'île ni même neiger sur la mer.