Avant d'écrire, j'ai besoin, comme le coureur à pied que je suis, de longues minutes d'échauffement : j'ouvre un livre choisi à l'avance ( souvent le même pendant des semaines) et je le feuillette dans une attitude oblative. Des mots me sautent alors aux yeux et certains d'entre eux viennent impressionner ma pellicule intérieure et se retrouvent pris là, dans mon poème.
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Quand il m'arrivera (ce n'est pas si rare et m'agace au plus haut point) qu'on me dise : « Vous avez de la chance de pouvoir écrire, moi je n'ai pas le temps », je répondrai désormais par ces lignes de Paul de Roux que j'apprendrai par cœur : Quand on travaille beaucoup on a beaucoup de temps, c'est le paradoxe. Le temps qui n'est pas négligé, qui est tenu pour un don précieux qui entre peut-être dans nos « derniers temps » se montre reconnaissant de l'attention que nous lui manifestons, il se dilate et fructifie : il ne nous manque plus.
Tout en recopiant ces lignes, je me dis que de m'être arrêté dans ce lieu appelé « La Pendule » n'est peut-être pas un hasard.
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Violence du désir
Et violence de l'inattendu
Ne pas dormir
Ouvrir le livre
Intensément le vide
Attendre la plénitude
16 avril 2004
Les 54 citations en miroir des 54 poèmes sont le fruit de mes lectures librement orientées faites pendant l'année d'écriture de ce livre (du 9 avril 2004 au 9 avril 2005). J'ai lu ou relu des centaines d'ouvrages de ma bibliothèque, m'appliquant à relever uniquement ce qui avait à voir avec l'écriture, la page blanche, l'attente amoureuse. Les poèmes terminés, j'ai disposé, selon mon désir, page par page, ces bribes moissonnées qui donnent une sorte d'acquiescement à mon travail
S'il faut donc chercher à l'écriture une origine qui soit autre chose qu'une frustration du cœur et une revendication de puissance, c'est de ce côté qu'il nous faut nous tourner : vers cette passion du silence et du vide, au plus profond de la mémoire.
Claude Louis-Combet
Du Sens de l'Absence
1
Ma page blanche, je te retrouve après la traversée, le long silence aride, le manque de sens et d'envie
Et pourtant le désert fut fertile au profond de moi, dans le puits qui me sauve, dans le sentiment de la source
J'ai ouvert à l'éclair
J'ai compris que l'insondable avait sa place à mes côtés
Où irais-je qui ne soit le lieu qui m'habite ?
Je suis là où l'on m'a reconnu
Fougères, 9 avril 2004
Il y a une naissance et une renaissance, un croisement d'amour, et un resurgissement perpétuel dans l'écriture. L'écriture est résurrectionnelle.
Valère Novarina
Revue l'infini, été 1987
2
Ma page blanche, ma bien venue, toi qui m'arraches chaque jour à la tentation du rien faire
Prends en moi la rage enfouie sous les convenances du bien écrire
Enlève la couche de sentiments asphyxiant la force qui me retient de casser la baraque
Ma demeure est ailleurs, dans le feu, dans la faille
Conduis-moi sur le chemin désordonné des quatre vents de l'insolente résurrection
19 avril 2004
Une grande page blanche palpitante dans la lumière dévastée dure jusqu'à ce que nous nous rapprochions.
André Du Bouchet
Dans la chaleur vacante
3
Ma page blanche, le monde t'attend mais ta patience est hors les murs
J'écris sous ton emprise, de toi je suis sûr, j'ai le temps que tu as
L'écriture est l'immensité offerte à celui qui s'ouvre au tout venant
Et ce qui vient s'engrange et mûrit en lui jusqu'à la semaison promise
Ma page blanche, tu m'attends sur le seuil, tu me recueilles, tu me prends
23-27 avril 2004