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La dernière critique



Recueil d'une belle communion avec la nature, écriture cristalline comme la première aube de l'humanité, « Je vous écris de mes lointains » de Jean-Pierre Boulic nous emmène dans un superbe voyage de la Parole, par le biais d'une prose admirable.
De ces aubes écrites surgissent des visages (Jean Vuaillat, René-Guy Cadou, Gilles Baudry...) avant que la Vie ne s'invente en petites touches minimalistes : un vieux port, les docks, la rue...
Magnifique !
Nathalie Lescop-Boeswillwald
Manière d'extase (Une)
Colleu Jean-Pierre

Avec des notes prises sur le vif, dehors, au rythme de la marche, ou avec des fragments longuement retouchés, à la table derrière la fenêtre ; avec des visages familiers (celui d'une grand-mère ou d'un poète-ermite japonais) ou des figures anonymes, Jean-Pierre Colleu au fil de son ouvrage, met peu à peu en mouvement une mémoire, déplie les cartes d'une pensée, tout en gardant l'enfance - toute enfance - à portée de voix, comme un bien commun à tous.


Format: 12x17
Nombre de pages: 80 pages
ISBN: 978-2-84418-087-2

 

Année de parution : 2006

 

13.00 EUR
disponibilité : Sous 10 jours
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I

Entre ce qui distrait ou abîme, s'offre en creux ou en spectacle, le chemin semble beau mais étroit et périlleux. En sommes-nous réduits, pour le suivre, à retourner les ombres comme des pierres, les paroles comme des ombres, accélérant ainsi la perte de lumière ? En sommes-nous réduits à étudier sans fin les souffrances accumulées comme une écorce le long de la colonne vertébrale de l'enfance ?

*

Enfant, je connaissais déjà, il me semble, une sorte de « nostalgie de l'univers ». C'est comme si je pressentais alors un esprit plus ancien que l'esprit de l'enfance qui, dans sa fraîcheur, a pourtant une longue vue sur le temps. C'est comme si la conscience éveillée n'avait pas d'âge mais dépendait d'une structure immémoriale.

*

Dans les yeux d'un enfant qui pleure, on peut lire parfois de la curiosité.


*

Mon paysage natal était un paysage de tableaux, d'estrades, de cafés. Souvent, je songeais aux collines, aux arbres, aux vagues amoncelées, à ce travail de taupe et de planète qui se poursuivait, dehors...

*

Quelque chose a craqué. Un peu de neige a fondu avant même, parfois, de toucher le sol. Longtemps, l'enfant a tenu éloignée sa naissance, cette fausse récurrence du visage et du temps.

Quelque chose a craqué. Un tissu de sable et de vent, un papier-poussière, une peau accrochée par les ronces, se déchirent. à moins que ce ne soit l'arbre à étoiles qui travaille... Cela a craqué et fait ployer les épaules.

*

Celui qui marche silencieusement porte en lui son enfance de loup. Quand il découvre son crâne, il entrevoit le passage des siècles et les efforts auxquels il a consenti pour dépasser le rapport anxieux au monde.

*

De temps en temps, je reviens sur ce chemin-là, dans ce pays que j'avais déserté, par inadvertance : l'enfant et son chagrin, son éloignement de tout, son incompréhension. Cet être dépaysé, sans condition, m'enseigne que les sentiers intérieurs ne mènent nulle part et qu'il est préférable de ne pas poursuivre de but. Car tout est déjà illuminé, tout est solitude impénétrable.


II

Ma faille était une femme qui dansait sous un orme de Chine. Dévalant la pente occidentale, je tombai lourdement, me glissai entre ses jambes et pénétrai dans le vide.

*

Un instant, toutes les relations d'un amour, chaque jour, jour après jour, saturent l'esprit de petites éternités dans cette certitude de l'autre, ce « oui » couvert mais soutenu, puis trouvent à explorer d'autres nervures du réel (détours inaperçus) comme si le cœur n'était pas déjà atteint, déjà ouvert.

*

Un autre instant, l'esprit se nourrit de peu. La question se mesure au monde en personne puisque personne ne fait plus face. Aux bornes du hasard, il n'est plus que les yeux pour traverser l'inconnu familier et saturer le cœur des mêmes petites éternités.

*

Dans le fracas des instants, à la fenêtre où se renverse le monde, nous devrons dire comment deux êtres qui s'aiment tiennent le ciel en haleine, l'au-delà du ciel, et dépossèdent le temps de leurs corps ensoleillés. Et quand se dérobe la possibilité de sourire à peu de choses, comme une aube incertaine ou une enfance mal famée ; quand s'échappe la constance puis la mémoire d'un visage, il nous reste encore toute la Terre à traverser.

*

En abordant la possibilité d'un abandon éphémère au creux d'une femme, d'une lumière ou d'un chemin, ne dois-je pas tout d'abord me reposer entièrement sur l'épaule du vide, un ciel durci, la matière même de mon ombre ? Car tout sentiment, il me semble, ne se fonde que sur lui-même, ne conduit qu'à lui-même. Comprendre et expérimenter cela, vivre le cours d'un désir sans objet : c'est peut-être le secret.


III

Quand on ne possède pas le visage d'un bouddha de pierre, ni la pensée sauvage des êtres en dehors du temps, ni le temps de l'univers ridé, comment sort-on du monde et de ses souffrances ? Avec quel visage, quelles pensées ?

*

J'ai longtemps râclé mon cœur - le croyant pourri - mais il n'est pas encore vide. Que puis-je faire ? En essayant vainement de répondre à cette question, je vois la figure réjouie d'une vieille femme, une pile de livres, de la poussière, la chute d'une vague...

*

Je suis un méchant petit homme. Il y a longtemps que j'ai perdu le nord, le Grand Nord de l'esprit qui fournit le souffle et l'horizon. C'est pour cela que je suis un méchant petit homme.

*

Dans mon sac, j'ai toujours de quoi écrire, une raison de m'arrêter, de passer mon tour. Mais le frottement des mots produit des feux de paille à peine plus utiles, parfois, que le regret d'une aube ou d'une enfance.

*

Certains jours, il n'est plus rien à exposer, sinon les cartes anciennes d'une mémoire maintes fois effractée, le plan d'une solitude saturée de mots. La pensée redescend alors aux cales sèches de l'existence, là où l'on blanchit les signes, où le temps se retire. Mais le travail du monde en soi, de soi dans le monde ne peut, ne veut pas s'arrêter et on est loin encore d'être dans l'océan cette même vague toujours brisée et achevée.

*

Une sorte d'incompréhension sauvage ou de stupeur primitive m'empêche d'entrer dans le monde, c'est-à-dire d'y vivre pleinement, sans réserve, avec cette ferveur propre aux croyants


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