La lecture de ce livre m'a bouleversée et je n'aurais pu attendre le
lendemain pour le terminer, si heureuse de ce printemps et de cette
renaissance qui en font le dénouement. La belle écriture de M H Prouteau
donne à ce récit son juste sens et sa force. Chaque mot pour dire les
maux est "à sa place"; la liaison entre les thèmes abordés est très
habile et extrêmement intéressante. Un livre très fort. Marie-claire, une lectrice de la librairie "Le Bleuet" à Banon (04)
A les entendre parler
Coatrieux Jean-Louis
Loin de moi l'idée d'écrire un ouvrage de révérence. Ils en seraient fâchés. Point de critique non plus, sauf à me laisser parfois aller. Pas question pour autant de taire leurs arrière-pensées sous des habits prêts-à-porter. Non, rien de tout ça. Des conversations. Quant au genre dans lequel ces pages se rangent, certainement des notes de deuxième main. à vrai dire, eux et moi n'avons pas beaucoup voyagé ensemble. Quelques bouts de chemin tout au plus. Ces mots de passe reviennent pourtant de loin et, cachés partout dans mes livres, ils sont en quelque sorte mes bons de sortie. Et peut-être un peu les vôtres.
Format: 12x17
Nombre de pages: 128 pages
ISBN: 978-2-84418-224-1
J'ai les miens comme vous avez les vôtres. Ils n'en sont pas
moins bons. Ne cherchez pas la petite bête ou des poux dans leurs têtes.
Certains se prêtent au jeu en ouvrant leurs livres et leurs correspondances.
D'autres ont plutôt tendance à fermer leurs portes. Je les ai très peu vus en
fait. Lus et relus, oui. Ce sont mes passages piétonniers. Je crains parfois de
trop leur parler. De les tutoyer, une mauvaise habitude, me dit-on. Ou de
préférer les prénoms. Ce n'est pas par familiarité mais plutôt pour s'accorder
un temps de plus ou un temps pour de bon. Ceux-là ont déjà un nom connu. Tout
au moins dans quelques replis discrets des bouquinistes qui savent lire.
D'autres n'existent que pour moi. Des hommes et des femmes qui se dépassent par
les autres. Sans le vouloir ni le savoir. Fixés sur des photos maladroites. De
celles qui vous coupent les jambes involontairement. Ici, pas de grandes
marques même dégriffées. Le coup de blanc se tire au tonneau. J'ai compris là
ce qu'est une fin de nuit ou un début de jour. Ce n'est pas donné à tout le
monde, je crois bien.
Je les ai croisés pour certains au propre, pour d'autres au
figuré. Comme le passé coule toujours au présent. L'entre-deux-guerres qui ne
finit jamais et surtout pas à notre porte. Ils ont tous une preuve à charge
dans leurs tiroirs. Vouloir remonter les fleuves, lutter contre les courants,
c'est le choix des bordures ou de la disparition. La vie est plus que friable.
C'est comme tourner la tête en arrière pour voir ceux qui arrivent et qui ont
du mal à réprimer leur impatience. Sans aucun devoir de réserve.
Nous nous parlons à nous-même autant que nous parlons aux
autres. Sur quelqu'un. De quelqu'un. D'où nous vient ce besoin de causer. De
raconter ces choses de la vie du jour. Menues ou grandes. Nous jouons un pas de
deux. Une pièce à deux. Une idée en amène une autre. La distribution est
généreuse. Nous lisons le texte sur les lèvres. Comme s'il ou elle était là.
Nous nous entretenons. Une discussion souvent singulière. Nous nous coupons la
parole. Certains sont plus doués pour écouter. Avec des blancs tendance longue.
à en faire somnoler ses arrière-pensées. D'autres relancent la conversation et
se mettent de côté leurs bons mots. Des moments où nous vivons notre nez
partout. Il n'est pas dit que ça nous fasse changer. Et encore moins le monde.
Dire que nous nous comprenons serait excessif. Là n'est pas l'important, justement.
Les choses se gâtent quand vous devenez intéressés à coucher ces sujets sur
papier. Les traduire en romans ou en essais. Certes, l'exercice n'est pas
simple. Il arrive même qu'il soit brillant. Sous réserve que le sujet dont nous
parlons ne devienne pas un objet de vide-grenier. Notre moyen de subsister
quand nous faisons métier d'écriture. En fait, quand je leur parle, c'est de
vous, de moi. Ce sont les miens, voilà c'est dit.
Des jours parfois de silence. Rien à nous dire. De vieux
couples en somme. Pas d'humeur. Je leur tourne le dos ou ils s'écartent
eux-mêmes. J'ouvre un livre distraitement et le repose sans trop savoir
pourquoi. Pour le reprendre aussitôt. Un geste manqué, je suppose. Imaginez une
pièce remplie de bouquins collés les uns aux autres. Des nouvelles, des
correspondances que nous avons lues à peine une fois et encore par morceaux.
Ils se tiennent chaud une fois dans leur vie. Et au milieu, coincées dans des
pages de fortune, des lettres ou des photos dont il est impossible de se rappeler
qu'elles ont bel et bien existé. Des regards tellement perdus, des lectures si
éloignées, des rencontres quasiment ratées. Les couvertures un peu jaunies
surtout vues de dos. Des ombres dans cette pièce qui demandent encore, en
hésitant beaucoup, à trembler et à parler à voix haute. Elles ont un certain
côté pathétique à nous regarder nous débattre entre les succès d'estime ou les
échecs avérés. Nos idées fixes. Nos objets familiers, tout bien pesé, si
parfaitement identifiables.
Avis des internautes
Soyez le premier à donner votre avis sur ce produit