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La dernière critique



Recueil d'une belle communion avec la nature, écriture cristalline comme la première aube de l'humanité, « Je vous écris de mes lointains » de Jean-Pierre Boulic nous emmène dans un superbe voyage de la Parole, par le biais d'une prose admirable.
De ces aubes écrites surgissent des visages (Jean Vuaillat, René-Guy Cadou, Gilles Baudry...) avant que la Vie ne s'invente en petites touches minimalistes : un vieux port, les docks, la rue...
Magnifique !
Nathalie Lescop-Boeswillwald
La clef des rives
Marchand Valère-Marie

À mi-chemin de la fable et de la méditation poétique, du conte métaphysique et de la micro-fiction, ces mythologies au fil de l'eau peuvent se lire comme une traversée de l'imaginaire aquatique. De l'arche de Noé au Codex Atlanticus, à nous de déchiffrer ces messages de l'autre rive. En hommage à Bachelard, l'auteur se joue des genres littéraires et mêle avec bonheur grande et petite histoire tout en faisant la part belle à la poésie du savoir et à la seule rêverie du lecteur.


Format: 12x17
Nombre de pages: 176 pages
ISBN: 978-2-84418-278-4

Année de parution : 2014

 

16.00 EUR
disponibilité : Sous 0 jours
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I

Les eaux primordiales

 

Tout s'est passé comme dans un dessin d'enfant, comme sur une marelle impossible à décrire... Il y eut d'abord le ciel, les étoiles, l'infini de la nuit. Puis il y eut le jour, les rivages au-dessus de la mer, la lumière de l'après-midi, les premières ondées. Un peu partout, on se mit à voir différemment, à détailler la surface des vagues, à ramasser les galets en bordure de plage. On s'aperçut que les océans venaient de quelques regrets fortuits, de quelques rêves et de quelques mythes à la dérive. On compara leur étendue à un échiquier pris au piège du vent. Leur ruissellement provenait de la fonte des glaces, de l'érosion causée par la pluie. Leur avancée se résumait à un peu de sable et de gravier, à des éboulis que l'on confondit avec les premiers habitants de la terre.

De ces eaux naquirent des embryons de plancton, des amphibiens à la dérive, des tortues marines, des crocodiles et même des coraux qui colonisèrent les mers chaudes et peu profondes. Les eaux primordiales- c'est du moins ce que disent les historiens - ont connu le déluge, l'éloignement des plaques tectoniques, le dépôt des couches sédimentaires. Au Jurassique Inférieur, elles se sont assemblées autour de la terre et ont creusé des habitacles destinés à la prolifération de l'ADN. D'un bout à l'autre de la planète, leur atelier  fabrique des enzymes, des acides nucléiques et des algues assistant à l'exode des poissons. Les eaux primordiales - nul ne s'en plaindrait - auraient un faible pour la mythologie. Ce qui expliquerait la fécondité de Thétis et permettrait aux Océanides de se transformer en ruisseaux, en sources et en rivières. Elles auraient aussi ouvert leurs bras à Jason, protégé les ruses de Calypso et dissipé les divagations d'Ulysse. Aujourd'hui les eaux primordiales nous donnent l'impression que les espèces jouent à la roulette russe et que l'apparition des uns entraîne la disparition des autres. Elles refusent l'appellation de « soupe primitive » et protègent les bactéries échappant aux lois de Darwin. Pas plus que l'oxygène ou la chlorophylle, les eaux primordiales n'apprécient le dioxyde de carbone. Elles ont - ça va sans dire - une peur bleue de l'effet de serre en souvenir de leur bref séjour sur Mars et de l'évaporation qui les réduisit jadis à l'état de gouttelettes.

 

 

 

II

 

Le grand bleu


La galaxie du bleu se détecte à la flamme d'une bougie, dans les reflets du contre-jour ou en périphérie de quelques astéroïdes en chute libre... On situe la galaxie du bleu à des années lumières de toute pensée raisonnable, de préférence dans l'inconscient des enfants de tous âges  et parmi les adultes qui cherchent encore une issue à la nuit. De sa nature et de son origine, on ne sait rien de plus si ce n'est qu'elle est peuplée de vestiges endormis. Ses rayonnements exerceraient une action positive sur les vases grecs, les poissons égyptiens, les paysages de Patinir et les pierres subaquatiques. Selon les dernières nouvelles, la galaxie du bleu serait voisine de la nébuleuse d'Andromède, de la petite et de la grande Ourse, de la Croix du Sud et de quelques météores en vue. On la dit proche des substances solubles dans l'eau, des hydrocarbures aromatiques et responsable des phénomènes les plus divers comme la combustion des hydrates de carbone.

 

À trop côtoyer les humains, la galaxie du bleu a fini par se confondre avec ce qu'elle est censée représenter. Aussi dit-on à son sujet tout et n'importe quoi. On lui prête des émanations soudaines, des silences et des liturgies d'un soir. On lui accorde des sentiments de joie ou de tristesse, des symboles et des propriétés à vocation lexicographiques. On lui attribue une neutralité qui, toutes silhouettes confondues, uniformiserait, sur terre, les codes vestimentaires. Que restera-t-il de cette galaxie quand nous aurons rejoint la nuit noire? Le souvenir d'un ciel sans nuages selon Emile Littré. Une larme d'espoir d'après Paul Eluard. Un idéal au-dessus de la moyenne si l'on en croit les hypothèses de Verlaine... Transparente et sereine, la galaxie du bleu convient bien aux aveugles que nous sommes. Incertaine et liquide, futile et souveraine, elle teinte notre ordinaire d'un peu d'outremer, de manganèse, de cobalt, de lait de chaux et de céruléum. Elle se révèle d'un éclat insondable pour peu qu'on s'intéresse à elle. Du bleu boréal au bleu chauffé à blanc, après tout, peu importe... Car c'est dans le creuset des mots, dans le secret de l'encrier que trébuchent nos ombres. Et c'est dans une chorégraphie d'abeille, entre consonnes et voyelles, que l'on se révèle parfois à soi-même.

 

 

III

Téthys

 

La mer de Téthys est née, il y a bien longtemps quand les hommes n'existaient pas encore et quand la terre se réservait quelques passages à vide. D'après les géographes, la mer de Téthys serait antérieure à la création des arbres, à l'apparition des cascades et à l'éclosion des premières fleurs de pêchers. On a associé son existence aux anciens glaciers et aux essences cueillies en marge des dunes. Et l'on constate son étendue à la prolifération de certains points d'eau. La mer de Téthys serait-elle sujette au doute ? Serait-elle issue d'une ou deux éclaircies ? D'un arc-en-ciel ? Ou d'un orage passager ? Nul ne pourrait le dire car nul ne connaît sa dimension exacte. Dès les premiers frimas, la mer de Téthys s'abrite des courants d'air. C'est ainsi qu'elle a rejoint le golfe de Mésogée qui, comme chacun le sait, n'a pas survécu à l'éloignement des plaques tectoniques. Après cet épisode, la mer de Téthys s'assécha comme une larme et termina sa vie dans des sous-sols ignorés des humains. Certains rêvent toujours à ses parois abruptes, à ses falaises et à ses îlots cachés par l'abondance des herbes.

 


IV

Thalassa

 

D'aussi loin que l'on vienne, il y a toujours un petit bout de dune, un estuaire où l'on hisse les voiles. D'aussi près que l'on soit, il y a toujours la mer, l'espoir d'une escale prochaine, le souffle des embruns... Il y a aussi les silhouettes aimées, l'empreinte des pieds nus au creux de la falaise... Des millions d'années avant notre ère, la mer permit aux bactéries de se multiplier. Cet événement fut décisif pour les crabes, les langoustes et le redoutable scorpion. Au même moment, les poissons regagnèrent les rivières et leurs acolytes se dotèrent de branchies. La mer apporta à la terre les premiers amphibiens, les morses et les tortues géantes puis transmit au corps un dosage identique au sien (à base de sodium, de calcium et de potassium). Elle fut ensuite conquise par des colonies de planctons, composés, pour l'essentiel, de végétaux unicellulaires et de mollusques en gestation.

La mer - nous précise-t-on encore - servirait de thermostat à la terre et submergerait les récifs qui lui sont hostiles. Son règne coïnciderait avec l'affaissement de l'écorce continentale et un cycle mystérieux régirait l'apparition et la disparition de sa ligne d'horizon.

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