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La dernière critique



Recueil d'une belle communion avec la nature, écriture cristalline comme la première aube de l'humanité, « Je vous écris de mes lointains » de Jean-Pierre Boulic nous emmène dans un superbe voyage de la Parole, par le biais d'une prose admirable.
De ces aubes écrites surgissent des visages (Jean Vuaillat, René-Guy Cadou, Gilles Baudry...) avant que la Vie ne s'invente en petites touches minimalistes : un vieux port, les docks, la rue...
Magnifique !
Nathalie Lescop-Boeswillwald
Les saisons
Le Corre René

Ainsi va le temps. La saison revient, la mer revient, le vent tourne, les oiseaux partent et reviennent. Le temps coule, porosité sableuse, fuite immobile. Qui a vu passer le temps ? Est-il tranquille, inquiet, s'arrête t-il ou bien suit-il toujours son cours imperturbable ? S'arrête t'il pour respirer l'air iodé sur la mer écla-tante et jeune ? S'enroule t-il sur lui-même ? Mais les astres s'éloignent, le temps s'évanouit dans l'espace, l'épine noire se revêt de splendeur immaculée près des ajoncs au-dessus de l'écume. Le temps ne s'écoule pas. Il passe très loin, très vite : nous restons immo-biles, tournant dans nos routines.


Format: 12x17
Nombre de pages:
80  pages
ISBN: 978-2-84418-216-6

 

Année de parution : 2011

 

12.00 EUR
disponibilité : Sous 0 jours
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Automne

Je n'ai pas souvenir d'un automne aussi lumineux, d'un bonheur aussi mélancolique et tendre, avant la clôture des beaux jours. Les soirs et leurs nuages d'encre, les matins s'illuminant sur les tours, les tapis de feuilles, manteaux que jettent à leurs pieds les arbres étonnés, comme fiers de leur nudité.

« Ô quand refleuriront, ô roses, vos septembres ». Ainsi pense le poète. Paul Celan. Aucun mois ne refleurira pour lui, ni aucune rose. Aucun mois ne refleurira, pour nous non plus, après ce deuil. Cependant septembre fleurit, malgré le désespoir. Encore des roses à la roseraie de Grâces, encore des fleurs le long des talus. Dans notre jardin du Sud, des touffes de cyclamen, et, malgré la douleur aussi qui traverse son pays d'origine, chez nous s'épanouit l'iris des Ouaddiah. Quel dialogue avons-nous avec la nature, quel lien rompu et pourtant non dénoué ?

Il fait encore chaud. La fraîcheur vient de la mer. Elle descend et parfois revient, comme regrettant les bords, en longues traînées striées de lumière. Quelques jeunes se baignent, s'éclabloussant dans les vagues rieuses. Trois femmes marchent dans la mer, une plus jeune entre les deux autres, paisibles. Elles nous sourient. Un homme debout sur le sillon de galets, regarde, la main en visière, se tourne, se retourne. Calme d'arrière-saison.

Ce qui est cruel dans l'automne, c'est sa douceur même. étrange temps. Le vent passe, plus frais, le soleil se couche plus bas, le bois se tait, l'eau est descendue dans le bassin. Ce soir, est née la première lune du ramadan. Comme je suis près et loin. Le monde est ma peau, mais si étrange. Cette succession régulière est stupéfiante et banale. Il faut s'arrêter. On voudrait s'arrêter : c'est cela, sans doute, le cycle des saisons, l'immobilité tournoyante du changement. S'arrêter ! mais tout bouge, tout est en mouvement. L'axe lui-même n'est pas fixe, ni la grande boule jaune au centre de l'orbite, qui fuit vers l'Alpha du Centaure. La représentation n'a pas de fin, pas de rideau qui s'abaisse, mais des spectateurs quittent le spectacle les uns après les autres, s'absentent de cette énorme présence. Automne très doux. « Auctumnus », la saison d'abondance. Les fruits se détachent, colorés, juteux. Vergers, régions plus chaudes, où le fruit a une saveur solaire, rouges, jaunes, violets. Vignes et vendanges avant que les feuilles deviennent si rouges. La cruauté de l'automne : ce déclin somptueux, amère douceur de la maturité. Nous marchons sur le tapis des feuilles colorées. Elles s'écrasant, bruissantes, sous les pas. Beauté fragile qui fuit sous le regard. La lumière s'éteint, la musique s'évanouit dans son propre mouvement - c'est son destin -. Quel bonheur et quelle douleur. C'est notre vie, notre gloire, sur le fil du temps : ce qui s'en va, si richement, avec nos pas, c'est la vie dans son essence temporelle, glorieuse et mortelle.

 

Le fil courbe, trace nocturne du soleil disparu, au-dessus du jardin trempé, est un signal peut-être (mais de quoi ? de qui ?). Nous parlons du passé, du présent, sachant à peine regarder, osant à peine savoir que l'univers n'a pas besoin de paroles ni de regards, nous remplissons pourtant la salle de mots, d'exclamations, créant un pont de phrases, faisant écran, ou peut-être non après tout, créant au contraire un monde réel, ces mots, ces phrases non finies, s'enchaînant d'une bouche à l'autre, c'est cela la réalité, tout autant que le croissant qui descend lentement derrière les arbres. Et les planètes, les étoiles s'inscrivent muettes sur le ciel noir où courent déjà les nuages qui vont l'envahir, entraînés par la tempête. Et c'est la pluie, coulant sur les vitres, débordant la gouttière. Quelqu'un, semble t-il, presse une énorme éponge, et nos pensées se croisent sous l'aspersion, protégées par le toit, lisses, sèches, sans pointe cependant, faisant faisceau, navette de plusieurs tisserands, tissant la toile qui nous recouvre, - non le toit - dans le monde sans pluie ni soleil, invisible. Qu'elle secoue, qu'elle ruisselle sur les vitres, faisant du jardin un aquarium vert et jaune, dévalant vers la pente du trottoir, noyant le paysage, et, à l'intérieur aussi, les vitres s'embuent, tandis que continue le discours multiple, entrecroisement sans fin, ni question, ni réponse, jeu des mains, des bouches, voix qui se superposent, polyphonie nocturne sous le crépitement de la pluie. Puis le croissant apparait à nouveau, plus bas. Pause, silence des espaces infinis, la parole s'épuise, s'apaise, silence des mots qui se perdent dans le silence de la nuit.

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