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La dernière critique



Recueil d'une belle communion avec la nature, écriture cristalline comme la première aube de l'humanité, « Je vous écris de mes lointains » de Jean-Pierre Boulic nous emmène dans un superbe voyage de la Parole, par le biais d'une prose admirable.
De ces aubes écrites surgissent des visages (Jean Vuaillat, René-Guy Cadou, Gilles Baudry...) avant que la Vie ne s'invente en petites touches minimalistes : un vieux port, les docks, la rue...
Magnifique !
Nathalie Lescop-Boeswillwald
Une question de temps
Coatrieux Jean-Louis

A quoi bon s'inventer des mondes, tenter de rendre compte, engager une conversation. Il y a toujours une urgence à traiter. Impossible de s'éterniser. Si nous pouvions nous retirer des affaires courantes au lieu d'être toujours à pied d'œuvre. Cela nous donne le sentiment d'être debout peut-être, presque d'être en vie, sans trop savoir laquelle. Nous ne voyons plus le quotidien, sauf qu'il passe, et encore. Et nous ne faisons pas exprès. C'est plus fort que nous. C'est autant de pris mais sur quoi.


Format: 12X17
Nombre de pages: 128
ISBN: 978-2-84418-193-0

 

Année de parution : 2010

 

13.00 EUR
disponibilité : Sous 10 jours
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Il nous arrive à tous de mettre les bouchées doubles. à condition d'aimer. Tout est là. Si vous restez dans la ligne, disons de votre apparence connue, rien à dire. Quelques humeurs ici ou là sur la réalité de votre existence antérieure, bien sûr. Mais si les nourritures en question sortent de votre champ supposé, c'est prendre le risque de s'y prendre les pieds. Mêler science et littérature tient par exemple de la pure hérésie et des chasses gardées. Impardonnable. Beau faire profil bas, se préparent des jugements sans appel. Passer les frontières, quelle prétention. Un non sens déjà. Il vaut mieux croire à un égarement passager. Idiot. Ils touchent juste car cela peut faire mal de vouloir faire le malin. Alors, un nom d'emprunt pour l'autre rive du fleuve ? Ce serait s'accepter étranger dans la seule chose qui nous appartient encore un peu, notre identité. Vivre l'autre en huis-clos. Jouer à un colin-maillard perpétuel. écrire des livres muets. Ce serait ne devenir que l'ombre de soi-même. Impossible de se voir en entier. Comment s'en échapper si l'envie nous en prend ? Et refuser de sortir ensemble. Ou se perdre de vue. Abandonnons donc l'idée. Après tout, il ne tient qu'à nous de décider que nous pouvons nous en passer. Et à vrai dire, chacun saura ainsi à quoi s'en tenir.

J'ai toujours écrit de manière irrégulière. Des notes, des fragments, des brèves. Certains parle-raient de petits boulots. D'autres de contrats à se casser le nez. Je joue de portraits et de paysages. L'ordinaire de textes courts. Ramassés en quelques lignes sur de la longue durée. Sans effets spéciaux. Avec la peur multipliée de la première phrase. Des apartés en vers et en prose. Autant de langues de sable qui vous entourent de bras de mer. Nul besoin de carte de visite. Ce serait trop. Je me prends aux mots pour raconter des bribes de faits et de gestes. Des plans rapprochés ou déplacés. Ligne après ligne, plus tout à fait moi et pas encore vous. Autrement dit, il y a certainement là un peu de fausse monnaie. Vous croirez peut-être vous reconnaitre et ce sera tant mieux. Un soupçon d'amnésie aussi. Une perte d'état civil. Il n'empêche que mes origines ne sont pas douteuses. Je viens d'un milieu où s'apprend vite le travail au noir. Où la vie reste précaire mais la conscience très droite. Avec rien ou si peu à partager mais beaucoup à donner. Sans calcul ni intérêt. Deux pièces, cuisine compris, et sans lumière. Un tabouret devant mon bureau pliant. D'où il est difficile de s'extraire si le goût vous en prend un jour. Ici, les exercices du quotidien sont écrits à bout de patience. Il suffit de voir les corps tirés à hue et a dia. Puis mis encore si jeunes en terre. Je voudrais me jeter dans cette histoire avec de la sueur et du sang. Pouvoir écrire du définitif. Un définitif installé comme chez lui et qui affiche complet.

C'est seulement quand je me dégage de tout emploi du temps que j'écris. Je me donne des rendez-vous carte blanche. Eté comme hiver, prin-temps et automne ne changent rien à l'affaire. Je suis seul, tout au moins, je veux le croire. Le ton est donné par une lumière tombant en pente douce ou encore cet espace libre entre les sapins et la mer. Le silence existe bien. Je me mets à table pour quelques phrases. Loin de moi l'idée d'écrire vraiment. Ou même d'y penser. Le grand écart du vide et du plein. Je lis avec à portée de la main mon coupe-papier. Je marche aussi beaucoup et à n'importe quelle heure. J'entends suivant l'endroit, les mouettes ou les canards, lancés dans le ciel du matin, aussi sauvages les uns que les autres. J'ouvre et je ferme les yeux. Je retiens ce qui me reste de respiration pour enten-dre les arbres au loin. Je vois une biche sauter les clotures. Elle sait que je l'observe et ça n'a pas l'air de la gêner pour un sou. La nuit entre par mes fenê-tres sans rideaux. La porte ouvre sur les bruits et les ombres qui montent d'une autre vie nocturne. Les temps changent. Il est temps. J'étais un enfant qui n'a jamais appris à s'en tenir là ni à savoir s'y faire. De cette impatience qui vous étouffe jusqu'à vous déchirer. J'explorais les sources qui valaient bien des fables et coulaient des collines. Je me donnais un avenir de court métrage.

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