La lecture de ce livre m'a bouleversée et je n'aurais pu attendre le
lendemain pour le terminer, si heureuse de ce printemps et de cette
renaissance qui en font le dénouement. La belle écriture de M H Prouteau
donne à ce récit son juste sens et sa force. Chaque mot pour dire les
maux est "à sa place"; la liaison entre les thèmes abordés est très
habile et extrêmement intéressante. Un livre très fort. Marie-claire, une lectrice de la librairie "Le Bleuet" à Banon (04)
Chats (Les)
Gay Jean
Ces « extraits de pièces rares et curieuses en vers et en prose, anecdotes, chansons, proverbes, super-stitions, procès, notes iconographiques et bibliographiques », recueillis dans la compilation Les chats que Jean Gay publia en 1866, montrent à quel point les félins suscitaient des disputes au sein de la société. Serait-ce même la querelle des anciens et des modernes qui se traduit par le biais des chats et des chattes ? D'un côté La Fontaine ou Buffon qui, dans son Histoire naturelle (1758), brosse un portrait négatif de ce « domestique infidèle » dont il faut se méfier. De l'autre côté, Moncrif, contemporain de Voltaire, s'engage dans son Histoire des chats (1727) contre les injustices qui leur sont faites. Son « apologie de la gent féline » a fait couler beaucoup d'encre.
Cette réédition de l'ouvrage de Gay présente des extraits de l'Encyclopédie, de Rousseau ou de Buffon, des poèmes de du Bellay à Baudelaire, des proverbes... Un vaste panorama où l'on sent que le chat, de nos jours avant tout un compagnon jouissant d'une grande faveur, est un animal ambivalent - emblème de ruse ou de Ces « extraits de pièces rares et curieuses en vers et en prose, anecdotes, chansons, proverbes, super-stitions, procès, notes iconographiques et bibliographiques », recueillis dans la compilation Les chats que Jean Gay publia en 1866, montrent à quel point les félins suscitaient des disputes au sein de la société.
Serait-ce même la querelle des anciens et des modernes qui se traduit par le biais des chats et des chattes ? D'un côté La Fontaine ou Buffon qui, dans son Histoire naturelle (1758), brosse un portrait négatif de ce « domestique infidèle » dont il faut se méfier. De l'autre côté, Moncrif, contemporain de Voltaire, s'engage dans son Histoire des chats (1727) contre les injustices qui leur sont faites. Son « apologie de la gent féline » a fait couler beaucoup d'encre.
Cette réédition de l'ouvrage de Gay présente des extraits de l'Encyclopédie, de Rousseau ou de Buffon, des poèmes de du Bellay à Baudelaire, des proverbes... Un vaste panorama où l'on sent que le chat, de nos jours avant tout un compagnon jouissant d'une grande faveur, est un animal ambivalent - emblème de ruse ou de liberté ? liberté ?
Format: 12x17
Nombre de pages: 384 pages
ISBN: 978-2-84418-131-2
Elle est née à Paris au commencement de 1862. Sixième d'une portée, elle fut sauvée de la noyade grâce à un joli pelage blanc et noir, et surtout à de beaux favoris qui lui donnaient l'air d'un mâle. Hélas ! elle n'eut jamais que l'air, et, au printemps de 1863, elle démontra clairement qu'elle n'était pas passible de l'opération qui donne aux chats la quiétude suprême.
Qu'elle était jolie dans son enfance ! elle sautillait çà et là comme une grosse boule de fourrure. Elle n'est pas de race pure Angola. Ses longs poils soyeux recouvrent une espèce de laine courte et chaude. Son dos et le dessus de la tête sont noirs, mais au bout de la queue touffue, dont on n'a pas coupé l'extrémité frétillante, est un charmant bouquet de poils blancs. La fourrure blanche de son poitrail remonte sur son cou comme une coquette collerette. Ses yeux sont verts, son nez est rose, et ses oreilles noires sont ornées en dedans de jolies frisures blanches.
Mademoiselle Bibiche aime les messieurs en habit, et elle fuit la blouse avec terreur. Ce n'est point qu'elle soit fière, mais elle a failli être tué par la brutalité d'un individu vêtu d'une blouse et il lui en est resté un ressouvenir très vif.
Bibiche devrait être la plus heureuse des chattes ; mais, semblable à bien des filles honnêtes, elle est la victime du luxe effréné de notre temps. Si l'ampleur des crinolines de celles-là fait fuir les maris, le confortable des maisons du nouveau Paris ôte à Bibiche l'occasion de rencontrer des prétendants. Plus de longs corridors, plus de nombreux recoins, plus de vastes greniers d'un accès facile et donnant sur une longue suite de toits ; plus de brèches sous les portes par où se glisser furtivement pour aller chanter sa partie dans quelque duo amoureux ! C'est en vain que par une mimique expressive et par de petits m'rou, m'rouou tendres, elle dépeint son tourment ; aucun matou digne de ce nom ne peut venir à son appel.
Aussi mademoiselle Bibiche mérite-t-elle le surnom que portait la vaillante guerrière d'Orléans.
*
LES CHATS
première partie
Extraits de pièces rares et curieuses
Le chat
et l'opinion
Poème inédit (extrait)
par Guyot Desherbiers
Grand-père maternel de MM. Alfred de Musset.
Souvent, la simple multitude
A dépassé par son instinct
Les combinaisons de l'étude.
Elle lit d'un sens indistinct
Au grand Livre de la Nature,
Qui n'est pas toujours sans rature
Pour les Pline, pour les Buffon.
Le curieux esprit de l'homme
De tout veut se rendre raison ;
C'est son besoin : sensée ou non,
Il en faut une. Et voilà comme
Le peuple, peu physicien,
A cru ce chat magicien.
Dans ce qui lui semble incroyable,
Il pressent la griffe du diable,
S'il n'aperçoit le doigt de Dieu.
Le dogme de sorcellerie
S'est introduit en temps et lieu
Après celui d'idolâtrie.
Non que, sur le fait de magie,
Je prétende vous rendre impie !...
Sans doute, il est des sorciers,
Et le chat est un des premiers.
On enseigne en théologie
Que les enfers n'ont point d'orgie
Et la Saint-Jean point de sabbat
Où ne préside un maître chat.
Lorsque à Goa, le Saint-Office,
Pour notre édification,
Mettait en conflagration
Quelques faiseurs de maléfice,
Qu'aux lueurs d'un auto-da-fé
Monseigneur prenait son café,
On sait que les dévotes dames
Des mécréants voyaient les âmes,
Autant qu'une âme se peut voir,
Passer à l'infernal manoir
Sous la figure d'un chat noir.
Du grand Baldus, qui de Bartole
Soutint et même accrut l'école,
Je vous dirai le triste cas.
Connaissant tout, hors la magie.
Avec le plus savant des chats,
Il apprenait l'astrologie !...
Un jour qu'ils étaient en discord
(Sans doute Baldus avait tort),
Pour l'avertir, son chat le mord,
Et d'encre barbouille le bord
De sa tablature inexacte ;
On ne sait avec Belzébut
Si le chat avait fait un pacte,
Mais fermement Baldus le crut ;
Il voit en danger son salut.
La critique surnaturelle
Démonte sa grave cervelle.
Au fond de ses veines il sent,
Avec les poisons de la dent
Courir l'infernale séquelle.
Il se tient sous l'obsession
De l'esprit nommé Légion.
Désormais il lit sans méthode
Digeste, Novelles et Code.
De ce syllogisme cornu,
Dont il fut maître reconnu,
Il ne sait plus trouver la trace ;
Enfin le docteur, pour avoir
D'un chat encouru la disgrâce,
Perdit le sens et le savoir.
Donc le chat, par toute la terre,
Tantôt Dieu, tantôt nécromant,
A su maintenir constamment
La hauteur de son caractère.
Un point d'universelle foi
(Pythéas, voyageur illustre,
L'atteste, au sept centième lustre),
C'est que toujours le chat, sur soi,
Tint les sceaux de la destinée,
Qu'au talisman de sa faveur
La fortune s'est enchaînée,
Et que, par un charme vainqueur,
Sur ses partisans il attire
Tout le magnétisme du cœur.
Preuve que je parle sans rire,
N'allons pas plus loin, chère sœur1
J'en trouve l'effet sur vous-même
Et ce pouvoir doux et sacré
Qui fait que, de force ou de gré,
Qui vous entend ou voit vous aime,
Peut-on dire s'il ne tient pas
Au nœud de cet amour suprême
Qui vous unit avec les chats ?
Le législateur de l'Asie,
Heureux soldat, prêtre inspiré,
Des caresses d'un chat tigré
Fit sa plus chère fantaisie.
Emportant son chat avec lui,
Lorsque ce héros s'est enfui,
Ensemble ils ont fondé l'hégire,
Date éternelle à son empire,
Pour ne pas troubler cet ami,
Vénérablement endormi
Dans les plis soyeux de sa manche,
D'un fer généreux, il retranche
La riche part de son habit,
Dont le chat s'était fait un lit.
Le tyran mitré de la France,
Richelieu, qui d'un bras de fer
De l'Europe tint la balance,
Trouva pourtant un cœur de chair
Près de la miaulante engeance.
Dans ces rares et courts moments
Que des politiques tourments
Nécessitait l'intermittence,
Un panier de chatons charmants
Divertissait son éminence ;
Et par un geste raccourci
Ils ont, plus d'une fois peut-être,
Vengé sur leur barbare maître
Le trépas de Montmorency.
Rival de Virgile et d'Homère
(Quelqu'un l'a nommé leur vainqueur),
Le Tasse a soulagé son cœur
Entre un jeune chat et sa mère.
« Tandis que la fortune amère,
Leur dit-il, me navre de coups,
Je cherche la paix près de vous,
Ainsi que, battu des orages,
Le pilote calculateur
De la grande Ourse et de sa sœur
Saisit l'éclat régulateur
à travers le choc des nuages. »
Penser douloureux, mais flatteur !
Dans l'indigence et la disgrâce,
Deux chats ont consolé le Tasse !
C'est donc à ces êtres parfaits
Que l'hélicon doit vos portraits,
ô magnanime Sophronie !
Tendre Armide ! douce Herminie !
Et toi, Clorinde, autre Pallas,
Qui, tout armée, et toute belle,
Comme un miracle, t'élanças
De son inventive cervelle,
à la lueur de l'œil des chats !
L'amoureux et brillant génie
Qui fit cesser, dans l'Ausonie,
D'une ignare cacophonie
La longue et ténébreuse nuit,
Qui, trouvant son art dans l'enfance,
à l'âge mûr l'avait conduit,
Sans traverser l'adolescence...
Pétrarque, à son chat connaisseur,
De ses sonnets doit la douceur.
Plein de foi, le poète implore
De ce dieu le pouvoir divin
Pour amollir le cœur de Laure,
Et ne l'implore pas en vain.
Soit qu'il chante son doux martyre,
Soit que son désespoir soupire
Le trépas de l'objet chéri,
Il entend le chat favori
Fidèlement monter son cri
Au diapason de la lyre.
à Vaucluse, quand deux amants
Vont à la Sorgue fugitive
Demander ces sons languissants
Que garde l'écho de la rive,
Parfois une oreille attentive
Distingue encore les accents
Qu'y mêle la chatte plaintive.
Depuis dix fois septante hivers,
L'enfant des muses qui, dans Arque,
Baise le marbre de Pétrarque
Voit de son chat les restes chers ;
Et toujours l'Italie admire,
Comme éternisé dans la myrrhe,
L'Apollon de tant de beaux vers.
Du temps l'impitoyable rouille
En a respecté la dépouille ;
Par la flamme de ces yeux verts
Où sa belle âme semble vivre,
Il est encor l'épouvantail
De l'irréligieux bétail
Qui voudrait attenter au livre
De son poète harmonieux.
Ainsi donc du chat glorieux
Pétrarque partage le temple !
Encouragé par cet exemple,
J'espère, avec timidité,
Que le dieu, sur ces faibles rimes
Où de mon mieux je l'ai chanté,
Voudra de ses destins sublimes
épancher l'immortalité.
Par un contraste nécessaire,
Malheur mille fois au mortel
Dont le sinistre naturel
Des chats l'a rendu l'adversaire !
De leur mépris jadis le poids
Avait imprimé l'anathème
Au front du dernier des Valois,
De nos Henrys le pénultième
Et le plus vil de tous les rois.
D'une réprobation juste
Exemple à jamais effrayant !
Voyez, devant le chat auguste,
Ce demi-homme défaillant !
Méditez sa fin déplorable,
Sa vie encor plus misérable !
Saisi d'un trône chancelant
Il en fait le grabat du vice ;
Va de la crapule au cilice ;
De la nuit des assassinats
Lâche témoin, cruel complice ;
Sans doute, le regard des chats
Devenait son premier supplice.
Et maintenant, ô potentats !
Du chat vénérez la justice.
Mais bientôt son culte propice
Va renaître dans nos climats ;
De la péninsule Italique
Lorsque la jeune république
Aura cimenté ses états,
ô Liberté ! tu produiras
Plus d'un Zeuxis, plus d'un Orphée !
Ils te rendront, céleste fée,
Ton compagnon, le chat Haret
Qu'avec toi la Gaule adorait ;
Et certes, ce vivant portrait
Te siéra mieux que le bonnet
Dont nos artistes t'ont coiffée.
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