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La dernière critique



Recueil d'une belle communion avec la nature, écriture cristalline comme la première aube de l'humanité, « Je vous écris de mes lointains » de Jean-Pierre Boulic nous emmène dans un superbe voyage de la Parole, par le biais d'une prose admirable.
De ces aubes écrites surgissent des visages (Jean Vuaillat, René-Guy Cadou, Gilles Baudry...) avant que la Vie ne s'invente en petites touches minimalistes : un vieux port, les docks, la rue...
Magnifique !
Nathalie Lescop-Boeswillwald
Au mirador de Bilbao
Unamuno Miguel de
Figure majeure de l'Espagne, Unamuno nous a laissé maintes nouvelles, marquées au sceau de sa fantaisie, d'un imaginaire débridé, de son amour pour sa terre basque et une mélancolie qui prend souvent le masque de la dérision. Les six contes ici présentés, et qui nous promènent de Bilbao, ‘‘enchâssée dans le Nervión, se blottissant dans cette cuvette naturelle, sous un édredon de brume'', aux contrées fantastiques d'un monde dévoré par l'objet et la machine, sur un ton qui est comme une voix chuchotée à notre oreille, nous enchantent et nous touchent : cet homme-là est notre ami, et nous nous laissons guider aux arcanes d'un psychisme envoûtant, aux tours et détours d'une vie qui, pour être espagnole, est celle de nous tous, sautant allègrement par-dessus l'espace et le temps.  

Format: 12x17
Nombre de pages: 208 pages

ISBN: 978-2-84418-349-1

Année de parution : 2017

 
 
6.50 EUR
disponibilité : Sous 0 jours
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Une tragédie

Ibarrondo - appelons-le ainsi - était un écrivain des plus influents. Sa gloire dépassait son pays pour atteindre l'étranger. Partout écouté par une jeunesse attentive et toute à sa dévotion. Nombreux prétendaient qu'Ibarrondo n'existait que pour répondre à leurs attentes et par quelque lettre à eux seuls adressée reprenant le discours public de ses livres. Certain même lui demandait conseil en signant : « Un jeune homme de dix-huit ans qui a soif de culture. » Et Ibarrondo était fort excédé par la ribambelle de cinglés et d'hurluberlus prétentieux qui l'accablaient de leur suffisance et de leurs sottises.
Pérez - appelons-le ainsi - était un de ces jeunes gens qui croient naïvement que ce qu'ils ont lu leur est arrivé. Tenant pour idée originale la réminiscence de leurs lectures. S'imaginant enfreindre les vieilles normes en usant de clichés encore plus éculés.
Pérez, enthousiasmé par Ibarrondo, l'accabla de longues lettres enflammées, et bourrées de lieux communs - et tellement communs ! - comme on en écrit à dix-huit ans. Ibarrondo, dépassé par tant d'enthousiasme, négligea de lui répondre. Mais l'autre y revint, et avec tant d'insistance qu'au bout du compte Ibarrondo, pour s'en délivrer, lui répondit par une fin de non-recevoir. Et Pérez, après d'ultimes assauts, finit par lever le siège.
Mais voilà que cinq ou six ans après, Ibarrondo reçoit le manuscrit original d'une œu­vre de ce Pérez, assorti, non sans prétention, d'une demande de prologue. Après l'avoir feuilleté et en avoir parcouru quelques passages, Ibarrondo le lui retourna en faisant valoir que ses occupations ne lui permettaient pas de rédiger ledit prologue. Or, quelques jours plus tard, le jeune homme en question, son manuscrit sous le bras, se présenta à son domicile pour lui demander la raison de son refus.
- Peu importe, lui dit Pérez, que vous, monsieur Ibarrondo, rejetiez mes positions...
- De quelles positions parlez-vous, mon ami ?
- De celles de mon livre. Cela m'est égal que vous en approuviez ou pas le contenu. Tout ce que je vous demande c'est un prolo­gue qui le fera connaître. Le public jugera et c'est à lui, plus qu'à moi, que vous aurez rendu service.
- Parlons-en, mon cher monsieur, comment puis-je approuver ou désapprouver des positions que j'ignore ? Car enfin, dans ce texte, rien n'est de vous et ce sont à peine des positions. J'ai feuilleté votre livre, vous ne faites que répéter ce que tout le monde dit et, pire encore, comme tout le monde le dit. Il n'y a chez vous aucune expression, aucun cri, aucune image, aucun accent qui vous soient personnels. Vous prétendez vous élever con­tre le courant général, mais c'est là que vous débitez le plus de banalités, en vous faisant l'écho du contre-courant non moins banal. Ce que vous appelez votre hétérodoxie est aussi convenue que l'orthodoxie que vous combattez. Car vous conviendrez avec moi qu'il y a un athéisme, un anarchisme aussi vulgaires et banals, aussi peu originaux, aussi mouton­niers que les notions officielles de théisme et de pouvoir.
Le pauvre Pérez tenta de se défendre, voire d'attaquer. Mais Ibarrondo pensait qu'une douche froide remettrait d'aplomb ce malheureux et l'engagerait à se livrer à toute autre chose que l'écriture et sa publication. Il lui fit comprendre que son manuscrit n'était que l'écho de lieux communs de contre-courant usés jusqu'à la corde.
- Si encore il y avait quelque idée folle… Mais même pas !
Ibarrondo s'étonna d'avoir si facilement convaincu le jeune homme. Tout en s'inquiétant de le voir soudain si abattu. Comme sous l'effet d'un choc psychologique, il était pâle, sans mot dire.
- Voyons, l'ami, ne soyez pas découragé. Il est ici-bas bien d'autres métiers que celui d'écrivain, et aussi honorables, voire plus. Renoncez à écrire, tournez la page.
- Que faire donc, monsieur Ibarrondo ? Ce serait partout du pareil au même. Si vous aviez consenti à rédiger ce prologue, vous auriez lancé mon livre, et je me serais moqué qu'on en dise ce que vous venez de me dire. Je ne l'aurais pas cru, j'y aurais vu de l'envie. J'aurais lutté. Mais vous, en me convainquant, vous m'avez tué. Oui, vous m'avez tué !
- En vous convainquant de quoi ?
- Que je n'étais qu'un pauvre idiot.
Et Pérez éclata en sanglots. Ibarrondo voulut le consoler, en vain. Il lui promit même ce fameux prologue. Rien n'y fit.
Quelques jours plus tard, Pérez se brûla la cervelle, après avoir adressé une lettre à Ibarrondo où il lui reprochait de l'avoir placé devant un miroir qui lui avait fait voir son inanité. Piètre consolation, Ibarrondo con­clut à la prédestination du suicide.

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