Bonjour visiteur, vous pouvez vous connecter ou vous enregistrer

Mon Panier
Aucun article dans le panier
 

Recherche

Entrez un mot-clé


 

La dernière critique



Recueil d'une belle communion avec la nature, écriture cristalline comme la première aube de l'humanité, « Je vous écris de mes lointains » de Jean-Pierre Boulic nous emmène dans un superbe voyage de la Parole, par le biais d'une prose admirable.
De ces aubes écrites surgissent des visages (Jean Vuaillat, René-Guy Cadou, Gilles Baudry...) avant que la Vie ne s'invente en petites touches minimalistes : un vieux port, les docks, la rue...
Magnifique !
Nathalie Lescop-Boeswillwald
La vie discontinue
Sourdillon Jean Marc
Après une épreuve - un échec, une perte, une rupture -, on a souvent l'habitude de dire : « la vie continue ». Oui, mais sa manière à elle de continuer, la vie, c'est souvent en pointillé, par brusques jaillissements suivis de retraits, par résurgences, par sauts, bouffées, gambades... d'une manière toujours intermittente où elle se reprend tout entière avant de se relancer à nouveau pour aller jusqu'au bout de son élan. Bref, la vie ne continue pas, non, elle discontinue.... Ici, quelqu'un parle ou chante et se tait, et puis reprend discrètement son chant, sa parole dans le silence. Pour continuer. Aller jusqu'au bout de sa naissance inachevée. Et inviter celui qui l'écoute à l'imiter

Format: 12x17
Nombre de pages: 160 pages
ISBN: 978-2-84418-339-2

Année de parution : 2017


 
 
16.00 EUR
disponibilité : Sous 0 jours
Quantité :
Ajouter au panier
le point de répondance


i

On est là un peu par hasard. Parce que tout le monde une fois a entendu parler de ces grottes et qu'il faut bien y aller soi-même voir. Ou parce qu'on nous y a invités, ou parce que notre route passait par là et qu'on s'est dit « tiens si on s'arrêtait ».

D'abord, comme toujours en été, il y a la lumière : les falaises, le ciel, la Vézère. Tous ces gens venus en car.
Et puis plus rien. Il faut accepter de ne plus voir, de ne plus compter avec la vue pour se guider, mais sur autre chose qu'il faut inventer : un instinct, peut-être un amour, une autre espèce de vue ou de regard comme ceux parfois qu'offre l'art.

Au fur et à mesure qu'on monte ou qu'on descend, qu'on s'enfonce dans la falaise, c'est comme si quelque chose en soi se détachait, qu'on entrait en soi-même, que le silence, indépendamment des gens, se faisait, s'imposait, devenait une évidence. Le corps était là dehors, tout plein de sa présence, son ombre marchant devant. Elle est seule à entrer pourtant dans la pénombre, à la fois plus légère et plus dense, mais surtout plus aiguë - la pointe de tout notre être tendu.


« Ici, c'est un peu le palais du roi Minos, son labyrinthe. Sauf que celui-ci n'a ni concepteur ni constructeur. Pas d'architecte, pas d'intention. L'intention lui est donnée par ceux qui sont venus y habiter - de l'extérieur. »

C'est ce que le guide explique, en promenant sur la paroi le petit point rouge d'une lampe qui s'éteint, qui s'allume, qui s'éteint, qui s'allume.


« Deuxième catégorie d'occupants après la rivière, les ours. On remonte le cours du temps et de la matière.
Leur présence est puissante et velue. Chaleur, force, rayonnement. Aujourd'hui, il n'y en a plus. Mais la trace encore des griffes, des terribles griffes s'aiguisant contre les murs.
Et puis, mêlées à elles, observez bien, ces autres griffures, plus minces, dont le tracé pourtant, à un moment, s'échappe et tremble, très légèrement, trois fois rien.
Du sens à la surface du mur, qui s'insinue.
Les traces d'un serpent quittant sa mue.
Une ligne qui suit un cours qui n'est plus tout à fait ni celui de la rivière ni celui de la nature et qui découpe très légèrement une forme. »
On la suit, à notre tour, attentivement.


Geste infiniment léger et doux, plein de retenue, esquisse, on le devine, qui sert à esquiver. Mais quoi ? Le poids de la violence, la chair en boule, énorme et qui fait masse, contre soi et à l'intérieur de soi.
Ainsi s'expliquerait le choix de la grotte : pouvoir figurer au-dedans cet anonyme qui est dehors mais également au-dehors cette bête qui est dedans - l'expulser.
Trois fois rien ; signe exposé dans la nuit de ces entrailles durcies. Signe perdu. Depuis combien de temps ?
Une figure pure ; un geste net ; sans hésitation - mais disant toute l'hésitation qu'il y a à exister. Cette palpitation si violente pour que le geste soit.
Disant « oui », peut-être, quelque part à cela, cette loi : vivre, humainement, c'est hésiter.
Au regard de la vie sans faille de la pierre, de l'ours, du mammouth. De l'immobilité du héron.
L'évidence, dans leur face à face inventé, d'une présence d'homme et d'un masque de mammouth.


Quelqu'un est là, dans ce signe, cette syncope, issu d'un geste, d'une intention.
Quelqu'un est là dans cette grotte, l'a été, y sera longtemps encore après que je serai passé.
Et autant de fois que quelqu'un passera, il sera là.
Son émotion, guidant sa main ;
le signe qui en résulte.
Moi passant par là,
quelque chose en moi
de sourd qui exulte.

À peine un tremblement au milieu des touristes
un signe à la surface d'une paroi, léger et faseyant,
qui la change en soie,
et en moi, qui lui répond,
ce tressaillement, cette fuite
vers le dedans.

Comment faire autrement ?


Tout d'abord deux mammouths, une ligne courbe, une seule, pour le suggérer : l'un en face de l'autre, se touchant, défenses croisées.
Mammouths dits s'affrontant. Ce qui ne veut rien dire en soi. Est-ce qu'ils combattent ? Est-ce qu'ils s'étreignent ? Ce que je sais, c'est que lorsque je les regarde, je les entends et qu'ils se plaignent - longtemps et en me regardant. Signe de rencontre, signe du signe, du désir de faire signe, de sortir du mur, comme en le traversant, le front devant, pour qu'enfin on les entende et que monte en nous, qui les regardons, le seul signe qu'ils attendent de nous, la plainte, l'immense plainte, la nôtre, qui leur réponde comme en écho.
Quelqu'un va vers quelqu'un à travers ces mammouths-là et cherche à atteindre et à toucher,
à se poser en face,
et dire je suis là
regarde-moi.
Le mammouth dans la caverne, latéralement ; et transversalement, le mammouth en lui s'adressant au mammouth en moi, qui remue, énormément.

La même figure, un peu plus loin, démultipliée. Juste avant le sanctuaire. Là où justement nous nous rassemblons.
Une colonne de mammouths au-devant d'une autre colonne de mammouths ; elles se rencontrent au point saillant de la paroi ; rencontre proprement mise en relief.
Ce qui était valable pour l'un l'est tout autant pour les autres, pour la famille, le clan ou la foule. Peut-être la génération. Et même l'espèce.
C'est à toi de répondre. De parvenir à écouter la réponse en toi ou sa simple possibilité.


Il faut imaginer sa vie. Celui à qui l'on doit ces lignes au tracé si précis. Il faut imaginer le froid, il faut imaginer la faim, et les longs déplacements en bandes, plus ou moins décimées, la traque incessante du gibier de plus en plus manquant, la vie abrupte qui est la sienne, dans un milieu hostile et brutal, environné des siens et, partout, l'élémentaire qui le baigne.
Cela frappe instantanément : dans le cadre de cette vie où tout est voué à l'immédiat, la subsistance, à la simple survie, ces images n'ont aucun sens, elles ne sont d'aucune utilité. C'est pourquoi sans doute elles ont été placées là, en dehors de la vie du groupe, de la vie tout court, enfouies au cœur du minéral pour éviter le scandale.
Là, personne ne peut plus désormais les approcher.
Il va falloir s'inventer des yeux pour les voir comme il a fallu s'en inventer à celui qui les a faites.


Pourquoi ces images, s'il est vrai qu'elles ne servent à rien ?
Comme si elles surgissaient là, à la lumière si on peut dire, oui, dans cette lumière tout de même qu'est l'obscurité si on la compare à la pierre, comme si elles surgissaient là, dans la grotte, après avoir traversé pendant des années et des années, forant le temps tête la première, une terreur compacte et impénétrable.


Un homme, sans doute aidé par son propre groupe, s'est autrefois, dans ce lieu, délivré du temps et des circonstances.
Affecté au train qui doit frayer à travers la terreur,
il a fait ce pas de côté,
en marge de la vie et de la subsistance, de la vie sous le soleil et dans la jouissance,
un homme s'est écarté des siens,
renonçant à toute appartenance
et il est descendu aux cavités de pierre, passant l'une après l'autre les couches minérales, vers le plus bas, le plus obscur.
Surmontant sa peur du noir
par l'oubli de l'instinct de survie.
Il s'est retiré volontairement,
s'est mis à l'écart,
une paroi entre soi et le monde,
il s'est pris à rêver
et a réalisé.
Il a inventé qu'il avait un intérieur
et il a inventé son image, à l'intérieur,
cette cavité dans l'obscurité pour s'y déployer.
Toute sa vie, soudain, qu'il voyait trembler
dehors dans le fleuve des images,
il l'a voulue dedans.
Et ainsi, à l'abri de la lumière
il a su très lentement
donner forme à cela
qui l'habitait, très lentement
ou très rapidement, douer
de vie ces quelques figures
qu'il avait tracées
et sans trembler, elles,
les faire trembler
dans la lumière
qu'elles projetaient.

Dans l'obscurité, sécrétant sa propre lumière,
une forme délivrée de la matière,
une forme pure avec, sur son envers, ce dessein :
la vie humaine, toujours elle, mais blessée,
agonisante même, hors du temps et de l'affrontement,
s'adressant à celui qui passe par ce qui les lie
- cette blessure justement d'être en vie.

Avis des internautes
Soyez le premier à donner votre avis sur ce produit

Donnez votre avis sur ce produit
Nom*
Email
Titre*
Votre vote: Votre note
Votre message*
Envoyer mon commentaire
Produits similaires
  • Bal des mouettes (Le)
    13.00 EUR
  • Chats (Les)
    17.00 EUR