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La dernière critique



Recueil d'une belle communion avec la nature, écriture cristalline comme la première aube de l'humanité, « Je vous écris de mes lointains » de Jean-Pierre Boulic nous emmène dans un superbe voyage de la Parole, par le biais d'une prose admirable.
De ces aubes écrites surgissent des visages (Jean Vuaillat, René-Guy Cadou, Gilles Baudry...) avant que la Vie ne s'invente en petites touches minimalistes : un vieux port, les docks, la rue...
Magnifique !
Nathalie Lescop-Boeswillwald
Les Cicatrices des larmes
Estebe Christian

Larmes, rires, délires, ce livre est une sarabande drôle, peuplée de pesonnages cocasses autour de la dépression nerveuse....


Récit autobiographique : 
Un commercial du livre (écrivain de surcroit) fait une dépression nerveuse ; il croit que c'est un problème passager, il va tout perdre : famille, travail, situation sociale et même jusqu'à sa propre personnalité.

Psychiatres, guérisseurs, chamanes, rien ne le soigne, jusqu'au jour où il décide d'aller voir enfin un Vrai psychanalyste. Sa «folie» alors, le lâchera, peu à peu : ce livre est le récit autobiographique d'une mort sociale et d'une renaissance.

Philippe Sollers dans sa préface au livre de William Styron « Face aux ténébres » écrit que nous ne croyons pas à l'enfer, mais qu'il existe pourtant tout près de nous et que l'on peut y choir. 
L'auteur, Christian Estèbe, commercial dans l'édition, va lui-même plonger dans cet enfer pendant 4 ans.
L'auteur guérira, mais il ne sera plus jamais le même. Son récit nous exhorte et se fait philosophie : 
«Quoi qu'il puisse vous advenir, ne désespérez jamais.»


Format: 12X17
ISBN: 978-2-84418-352-1

Année de parution : 12 mars 2018

 

 

16.00 EUR
disponibilité : Sous 0 jours
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Dans la nuit, soudain, du plus profond de mon sommeil, un crépitement se fait sentir de ma tête à mon sexe, du côté gauche (j'ai eu très souvent étant enfant des migraines de ce côté ; c'est comme une violente décharge électrique qui se répand d'un bout à l'autre de moi). Ce n'est pas un cauchemar ; je me réveille en sursaut, couvert de sueur, en proie à une indicible angoisse.

Depuis des mois, les nuages s'amoncellent. Moi, le marginal, j'ai pourtant eu la chance, passé la quarantaine, d'avoir décroché un travail d'attaché commercial dans une grande entreprise. Mais mon poste est à huit cents kilomètres de mon foyer.
Je me rends à l'aérodrome à quatre heures du matin, interrompant ainsi un sommeil réparateur, je me retrouve en début de matinée dans ma voiture de fonction pour démarcher mes clients.
Chambres d'hôtels, petits restaurants : ce folklore commercial, s'il m'a longtemps amusé lors­que j'avais trente ans m'excite moins maintenant que je suis devenu père de famille.
E., ma compagne, n'aime pas mon métier. Elle reste seule toute la semaine pour garder notre petit Théo qui vient de fêter ses trois ans.
E. s'angoisse durant mes absences. J'ai beau lui répéter que l'écriture seule ne peut pas nous nourrir, que vendre les livres des autres est à peu près tout ce que je sais faire, elle n'en a cure, sa mauvaise humeur est un poids supplémentaire qui perturbe les week-ends durant lesquels je devrais goû­ter, dans une atmosphère sereine, un repos bien mérité.
Comme chacun, je me suis trouvé des béquilles pour avancer dans mon quotidien :
L'art tout d'abord, engagement premier et définitif : j'écris depuis mon adolescence ; j'ai même publié, chez quelques éditeurs élégants et exigeants, une poignée de livres qui ont reçu un succès d'estime, j'en suis heureux, car l'estime se fait rare en nos temps.
Il y a l'alcool aussi, je bois depuis des années, et n'ai pas la naïveté de croire que l'alcoolique c'est l'autre ! Mais dans le monde du livre, l'alcool festif est autorisé, toujours toléré, entre humeur et humour.
Le sexe, bien sûr ! Amateur de sex-shops et de prostituées, je suis depuis toujours infidèle à ma (mes ?) compagne(s). Il est possible que cette inconstance, que j'ai longtemps nommée liberté, traduise un mal-être, une fissure en moi : pourtant, la vie avec E. m'a un peu apaisé.
Dans ma cosmogonie personnelle, je pensais que la méditation zen remplacerait avantageusement une psychothérapie toujours remise au lendemain, aussi me suis-je très sérieusement mis à cette pratique orientale pour trouver ce que mon éducation catholique ne m'offrait plus (mais cela, je le comprendrai plus tard, vient seulement de l'oubli de ma propre religion) une attitude où le corps et le mental sont enfin liés par le joug de la posture. Mais cela n'est-ce pas encore une fuite ?
« C'est au pied du mur que l'on voit le maçon », disait Papa.
Eh bien, j'y suis, au pied du mur !
La quarantaine venue, l'organisme n'est plus aussi résistant : même si je gère mieux mes excès, le rythme de ma vie, les frustrations, les échecs, les blessures narcissiques m'ont ces dernières années fragilisé.
Cette nuit, le barrage a cédé, l'eau saumâtre d'une irrépressible angoisse a envahi mon organisme. Je le redoutais, quelqu'un en moi le sait, même si je me refuse à prononcer ces mots : j'entre dans une dépression nerveuse.
C'est d'abord le refus : je m'invente une fatigue passagère, un sérieux coup de pompe. Cette insomnie n'est qu'un effet de la fatigue accumulée, peut-être le produit d'une trop longue concentration en méditation. Les ouvrages des spécialistes ne mettent-ils pas en garde contre les dangers d'une pratique trop et mal soutenue ?
Allons, tout cela n'est qu'un malaise passager, un simple avertissement que m'a donné mon corps. Tout va très vite rentrer dans l'ordre ; de toute façon, il faut que tout continue comme avant, je n'ai guère le choix...
Et tout continue comme avant : le travail harassant, les allers-retours avion voiture, les réunions commerciales pendant lesquelles je somnole, les malentendus avec E., sur notre vie de couple, les méditations elles-mêmes commencent à être perturbées.
L'insomnie creuse dans mes forces. Les nuits à l'hôtel sont peuplées de cauchemars. Je tente de lire, mais les lettres dansent devant mes yeux fatigués. Je ne comprends plus ce que je lis, mais ce que je voudrais par-dessus tout, c'est dormir, dormir, dormir !
Mais je ne peux plus dormir, sinon, quelques heures au petit matin, avant de repartir, fébrile, tremblant, transpirant d'une sueur mauvaise.
J'ai perdu ma bonne humeur, mon humour. Mes clients ne s'en aperçoivent pas encore. La maîtrise des rouages de mon métier compense mon manque de concentration, mais je sais que cela ne durera pas. Déjà je ne mange presque plus, je reste inerte devant les plats que j'affectionne, je commence à perdre mes kilos superflus. Le rêve de tant de mes contemporains est pour moi une angoisse, car je ne mincis pas, je maigris.
L'homéopathe qui me soigne depuis vingt ans est une dame sérieuse qui me voit vivre mes excès avec indulgence. Ses mises en garde n'ont que peu d'effet sur mon comportement : ne suis-je pas un homme libre ?
Elle tente plusieurs traitements, mais mon angoisse ne cède pas d'un pouce, c'est un cataplasme sur une jambe de bois.
Août. Nous partons en vacances tous les quatre, E., mes deux fils et moi, dans une maison prêtée par une relation de travail. Je me traîne mais tente maladroitement de donner au mot « vacances », toute sa saveur : c'est pour moi un breuvage amer. Tout ce qui m'entoure me paraît hostile, je n'arrive pas à jouer avec mes enfants. Ils ressentent le malaise qui s'installe, E. est plus aigre que d'habitude ; je lui gâche en plus un repos bien mérité. Dire que je me sens coupable est un euphémisme : je suis sans cesse au bord des larmes, surtout lorsque je vois mes deux fils s'amuser seuls sur un terrain poussiéreux, tandis que l'angoisse me tord la poitrine.
Réveillé à trois heures du matin sans pouvoir me rendormir, j'écoute les machines arroser le maïs. C'est encore une journée de plomb qui s'annonce dans cette maison où tout m'est étranger. Je voudrais repartir immédiatement chez nous consulter mes livres d'homéopathie. Je cherche déjà le mira­cle, la formule qui m'arrachera à mon mal.
Pour corser l'affaire, mon fils Arthur que je laisse jouer avec le chien des voisins, se fait mordre.
Nous nous retrouvons aux urgences. Pendant qu'on le soigne (heureusement la morsure est sans gravité), je cherche, en marchant autour de l'hôpital, à retrouver mon calme.
Lorsque mon fils est soigné, nous rentrons. Je passe tour à tour d'une excitation malsaine à un abattement morbide.
Ces vacances ne sont pour moi qu'un interminable cauchemar.
Puis nous rentrons, enfin !
Le plus terrible peut-être dans ces maladies, ce sont les courtes rémissions des angoisses, pour quelques heures ou parfois pour quelques jours.
Dans les débuts, on croit bien naïvement que c'est la dépression elle-même qui cède enfin du terrain, une sorte de rémission naturelle, avant l'arc-en-ciel de la guérison, mais non, bien sûr !
Avec la perversité d'un véritable sadique, effectivement, la maladie s'éloigne parfois, me laissant hagard et tétanisé, avec, au cœur, le vague espoir que tout ça est enfin terminé, que ce n'était qu'un mauvais moment à passer, un mauvais rêve dont je viens de m'éveiller.
Peine perdue : comme si la maladie ne s'était tue que pour mieux reprendre des forces, voilà l'angoisse qui remonte en moi, lentement, sûrement ; du plus profond de mon psychisme accablé, elle s'avance comme une goule pour dévorer sans bruit ce qu'il me reste de forces et de raison. Une fois encore, mes muscles se tétanisent, tout mon corps se contracte, la mauvaise transpiration vient mouil­ler mon dos pour tantôt m'étouffer dans une fièvre malsaine, tantôt me faire claquer des dents dans une sorte de froid mortel.
Le singe fou que je voulais faire taire par la méditation est revenu faire son tapage dans mon cerveau, où il mélange agressivement délires et angoisses.
Nous passons voir ma sœur Renata, qui, devant mon état (elle n'est pas du genre à s'affoler pour des broutilles) décide de faire venir un médecin, car elle s'étonne qu'E. trouve mon état « presque normal » : ai-je l'air aussi « fou » lorsque je vais bien ? Mes repères se délitent peu à peu.
Le jeune (trop jeune ?) docteur Purgon, dressé comme ils le sont presque tous à faire du chiffre, m'écoute à peine, me griffonne illico une ordonnance d'antidépresseur et calte sur son 4x4.
Retour à Marseille. J'ai déchiré l'ordonnance. Je suis en train de découvrir combien la maladie mentale laisse désemparées les meilleures volontés, comment le malade, s'enfermant peu à peu dans un monde qui n'appartient qu'à lui, érige par son délire les hauts murs de sa forteresse intérieure, entre lesquels, loin d'être protégé, il va s'emmurer vivant.
Il faut se remettre au travail. Je sais que j'en suis normalement incapable, j'ai dépassé le stade de la « norme ». Dans cette maladie, soit par honte, soit par pudeur, on donne le change. Jusqu'au bout, l'on tente de faire « comme tout le monde » car chaque jour qui passe, on croit la guérison possible, là, à portée de main : il suffit de trouver le bon médicament, le bon psychiatre, celui qui fera enfin la bonne et ultime prescription.
Pour ma part, je sais que je me battrai jusqu'au bout. Déjà, je rassemble chaque jour mon peu d'énergie pour tenter de singer les bien-portants, pour rester aussi longtemps que possible dans la communauté des vivants.
Je me lève souvent la nuit : taraudé par l'insomnie, je marche de long en large dans la chambre, en grommelant des formules d'exorcismes.
E., nuit après nuit, ne supporte plus ces va-et-vient et me demande d'aller dormir dans le salon. Les voisins du dessous, gens âgés au sommeil léger, frappent au plafond pour ne plus m'entendre arpenter l'appartement à deux heures du matin.
Je dois absolument me recoucher dans un lit baigné de ma propre sueur glacée ; c'est une torture qui dure jusqu'aux premières lueurs du jour.
Je continue de prendre l'avion à quatre heures du matin, hagard, pour me rendre à mon travail à l'autre bout du pays. Comment j'arrive à tenir, je l'ignore. En fait, je ne tiens pas, quelqu'un en moi tient à moi et me retient d'aller écraser ma voiture

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