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La dernière critique



Recueil d'une belle communion avec la nature, écriture cristalline comme la première aube de l'humanité, « Je vous écris de mes lointains » de Jean-Pierre Boulic nous emmène dans un superbe voyage de la Parole, par le biais d'une prose admirable.
De ces aubes écrites surgissent des visages (Jean Vuaillat, René-Guy Cadou, Gilles Baudry...) avant que la Vie ne s'invente en petites touches minimalistes : un vieux port, les docks, la rue...
Magnifique !
Nathalie Lescop-Boeswillwald
Pourquoi dors-tu, Jonas, parmi les jours violents ?
Vernet Joël

J'ai habité toutes sortes de chambres. Je passais là, inconnu. Puis j'ai vu tout le remue-ménage dans le monde, vivant ici ou là, pour prendre la mesure du désastre. Mais certains ne veulent pas voir le désastre qui s'annonce. Surtout pas. Je regardais la route, je cherchais d'autres chemins. Je voulais la route. J'ai toujours voulu la route. Tourné le dos à ce désastre qui est aussi le mien. J'ai quitté le village pour entreprendre de lents détours. Je me suis installé dans vos villes qui sont devenues des enfers. J'ai vu vos agissements de fourmi. Siècle de fourmis, de petits boutiquiers. Où est le cœur, où est l'âme, où sont la joie et le rire ? Où est l'amour, l'amour des gens, des plantes, des animaux, du Vivant ? Où est l'amour fondu dans vos pièces d'or ? Où est la lenteur sous les roues de vos automobiles ? Je pars car il n'y a plus de lenteur dans votre ville, et l'homme, c'est le génie, c'est la lenteur, c'est le regard qui boit le paysage.


Format: 12x17
Nombre de pages:
64  pages
ISBN:
978-2-84418-227-2

 

Année de parution : 2011

10.00 EUR
disponibilité : Sous 0 jours
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Les personnages

La gitane

Jonas

Un enfant

Une femme de Ninive

Un homme, Président-directeur général

Une bonne

Les gens de Ninive, un Chœur

Le capitaine

Des marins

Tableau I

Un bivouac près d'une roulotte, dans un terrain vague. Une gitane, un enfant et, dans l'ombre, Jonas, le Marcheur, l'Errant. Au loin, sur les falaises,  les voix de Ninive, le chœur vociférant, implorant. En contrebas,  une épave, sur une plage.

La gitane : Homme de l'ombre, tu es un Dieu. Nous sommes tous des Dieux, des moins que rien, mais des Dieux. Prenons enfin conscience de notre force. Notre parole est une lame.

(L'enfant est devant une vaste cage où sont enfermées des volailles)

Toi là-bas, que je vois si mal, qui es-tu ? Pourquoi cacher ton visage ?

Jonas : Je suis un Passant et je marche.

La gitane : Sors de l'ombre où la vie te tient et nettoie le ciel et nettoie la terre. Enlève cette crasse ! Tu as vu l'ordure qui règne ici, cette route qu'ils ont tracée comme étant la seule. Ce fumier partout. Nous  n'avons que faire de cette direction. Nous voulons la révolte, si elle est nécessaire, et l'amour. Regarde les collines, le soleil couchant, l'oiseau qui boit dans la flaque. Ne ferme pas ton cœur à leurs voix pestiférées ! Sais-tu voir la lumière qui passe à l'aube sous les portes ? L'oiseau qui s'ébouriffe sur le muret des jardins, la goutte qui tombe de la rose ?

 

Jonas est dans la pénombre. Une voix qui parle dans une sorte de brouillard.

Jonas : Nous n'en pouvons plus de leurs paroles ineptes, du mensonge de leurs paroles. Je voudrais enfin un mot qui soit tranchant comme une lame et qui aille leur couper la gorge une bonne fois, pour toutes les fois où ils ont menti. Que quelqu'un monte sur une scène et leur gueule enfin leurs quatre vérités !

La gitane : La vérité fait peur, ensorcelle nos gorges. Maudits soient les hommes qui travaillent à notre perte. Bénis soient les mendiants, les voleurs qui ne se cachent pas derrière les masques, qui avancent les bras nus. Bénis soit l'ourlet de ma jupe, de mes haillons ! Langue flétrie, petite langue, va-t-en les fouetter jusqu'à ce qu'ils comprennent ! Si un jour, tous ces cochons comprennent quelque chose à quelque chose.

Jonas : Nous sommes venus au monde pour vivre, c'est-à-dire frémir, jouir et rire, Ah, Rire, Rire !!! Et ils nous condamnent chaque jour à la mort, préparent l'abattoir, ouvrent et referment prestement leurs charniers. Ils ont les mains tachées de sang. Vous avez vu leurs mains ? Et les miennes aussi ont été éclaboussées, je n'y peux rien, le sang est venu jusqu'ici, sur ce bout de terrain qu'ils m'ont abandonné.

La gitane : Même le cheval qui tire la roulotte a le poil enduit de leurs crimes. Regardez-les, regardez donc vos paumes, les lignes brisées de vos mains, Où nous disent-elles d'aller, de nous rendre ? D'aller, oui, d'aller. Mais où aller ? Et comment, et avec qui ?

Jonas : C'est la nuit partout. Partout les murs, la folie, la monstruosité de leurs banques, de leurs contorsions, la merde à faire vomir les morts. Nous, peuple errant qu'ils ont jeté sur les routes, avec même pas une cabane, pourtant une cabane nous suffirait, des chevaux haletants, des baisers froids d'hiver, des matins de brume autour des feux. Nous avons franchi tant de seuils pour être ensemble ici, nous avons allumé puis éteint tant de feux.

La gitane : ô mon enfant, n'abandonne jamais le chant de cette marche, brise les fenêtres de leurs maisons, trace toutes les routes, va vers les forêts, les grands déserts où l'on sent encore le vent sur les tempes, respire l'air qui entre dans tes narines, sois debout  au lever du soleil et sache admirer la mer. (Temps) Ou, la nuit, au bord d'une falaise, sache écouter les vagues, contempler une pleine lune qui éclaire notre monde. Sache entendre encore les frémissements des naseaux du cheval qui galope à flanc de montagne, épuisé par les vents et la neige.

Jonas : Je suis un homme sans pays, sans terre, sans bien d'aucune sorte. Je suis étranger partout. J'ai trouvé closes toutes les portes. Je ne sais d'où je viens, où je vais. J'ai laissé les miens, le front contre la terre, dans quelque village perdu. Je ne sais qui parle par ma bouche. La vérité, le mensonge ? Une voix m'a dit : lève-toi et va. Une voix pleine de promesse. Une voix de miel. Voix damnée.

J'ai pris la route et me voici. J'ai pris l'autre route, celle qui voudrait s'éloigner des  hommes, de tous les hommes, ces fumiers, ces lâches, ces pleutres, ces assassins ! En chacun se cache un assassin, un traître. Tous les Grands livres disent cela mais où sont les livres empreints de vérité ? Où sont les Saints, les Innocents ? Le pur poème de la vérité ?

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