La lecture de ce livre m'a bouleversée et je n'aurais pu attendre le
lendemain pour le terminer, si heureuse de ce printemps et de cette
renaissance qui en font le dénouement. La belle écriture de M H Prouteau
donne à ce récit son juste sens et sa force. Chaque mot pour dire les
maux est "à sa place"; la liaison entre les thèmes abordés est très
habile et extrêmement intéressante. Un livre très fort. Marie-claire, une lectrice de la librairie "Le Bleuet" à Banon (04)
Jours lâchent leurs porcelaines (Les)
Argenté Patrick
En poésie, ce sont les mots qui mènent la barque. Le sens est lui, embarqué. La poésie trouve sens en s'écrivant. Mais il n'y a pas de hasard : les mots viennent de la réalité et d'une subjectivité, à l'occasion de la rencontre mélancolique, joyeuse ou sombre, d'un arbre, d'un chien qui passe, de la ville, de la mer et du jour unique. Du concret en somme. Ce sont des mots que l'on prend dans ses mains dit Patrick Argenté. Et le miracle, quand il se produit, c'est que l'écho de ces mots résonne dans la vie des autres. Des mots choisis pour leurs épines pour leur sang et leur avenir. Gageons que dans Les jours lâchent leurs porcelaines le miracle s'opère et que, lecteur, tu t'y reconnaîtras. Dans un poème rétréci le monde entier prospère.
Format: 12x17
Nombre de pages: 128 pages
ISBN: 978-2-84418-099-5
Le funambule
C'était encore l'hiver
les rivières couleront encore
disait-on
Le vent courait
les réverbères avaient un air
malade
Les jardins étaient noirs
un homme espérait
ses salades
Je sais marcher disais-je
dessus les balustrades
sur les rampes gelées
Comme un fil disais-je
et sans tomber
jamais
Demain les rivières couleront
et sage devenu
je m'appuierai sur les coudes.
**
Le lendemain
Elle tend ses toiles ses patiences
elle appelle les brancardiers
on ne sait jamais ce qu'il adviendra
d'elle
Elle est assise sur le seuil
dans les graines du soleil
elle dit je t'aime au géranium
au cloporte et au
bouvreuil
Elle se prend les pieds dans les herbes
elle est colère et rouge sang
elle oublie de peigner ses mèches
elle est le miroir d'elle-même
Elle est lente et vive
c'est une chatte réveillée
elle se brûle aussi le nez
sur les flammes dévorantes
Elle peut prendre ses distances
et marcher du bout des pieds
on ne sait pas quelles manigances
elle mijote dans le grenier
Elle est assise et elle s'éloigne
ses mains sont posées sur l'arbre
elle entend respirer les feuilles
on ne sait jamais ce qu'il advient.
**
La promenade
Ici les paysages sont vastes
les chemins d'une seule haleine
on parcourt la semaine et l'éclair du printemps
Les narcisses sont des poèmes
les vaches qui regardent passer
les gens
écoutent et méditent
le temps
n'est pas meilleur
On a longé l'étang
on a laissé nos mains dans la conversation
une grenouille a dit je t'aime
gravement
les corbeaux aussi sont des poèmes
On entend le vent qui marche avec les saules
on a laissé nos épaules
se côtoyer
on pourrait dire si l'on voulait
des choses
comme une éternité.
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