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La dernière critique



La lecture de ce livre m'a bouleversée et je n'aurais pu attendre le lendemain pour le terminer, si heureuse de ce printemps et de cette renaissance qui en font le dénouement. La belle écriture de M H Prouteau donne à ce récit son juste sens et sa force. Chaque mot pour dire les maux est "à sa place"; la liaison entre les thèmes abordés est très habile et extrêmement intéressante. Un livre très fort.
Marie-claire, une lectrice de la librairie "Le Bleuet" à Banon (04)
Autobiographie
Kipling Rudyard

Jamais cette autobiographie du célèbre auteur du Livre de la Jungle, prix Nobel de littérature en 1907, publiée un an après sa mort, n'avait fait l'objet d'une parution à part en français. Sans édulcorer son histoire mais sans jamais sombrer dans le pathos, Kipling raconte ses premières années dans le paradis de l'Inde où il est né et qui allait alimenter certaines de ses meilleures histoires.


Format: 12x17
Nombre de pages: 320 pages
ISBN: 978-2-84418-219-7

 

Année de parution : 2011

 

17.00 EUR
disponibilité : Sous 0 jours
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Chapitre 1

Une très jeune personne
1865-1878

 

Donnez-moi les six premières années de la vie d'un enfant et je vous laisse le reste.



Lorsque je regarde en arrière, avec le recul de ma soixante-dixième année, j'ai l'impression que toutes les cartes de ma vie professionnelle m'avaient été distribuées dès le début afin que je puisse jouer avec elles au fur et à mesure. Partant, attribuant la bonne fortune à Allah, le Dispensateur des Évènements, je commence :
Ma première impression est celle du jour qui point, la lumière, les couleurs, les fruits pourpres ou dorés à hauteur de mon épaule. C'est le souvenir des promenades matutinales pour se rendre au marché aux fruits de Bombay, en compagnie de mon ayah et, plus tard, de ma sœur dans son landau, et du retour avec nos achats empilés à l'avant de celui-ci. Notre ayah était une Portugaise catholique qui priait - moi à côté d'elle - devant une Croix au bord de la route. Meet, mon porteur hindou, entrait parfois dans de petits temples hindous où, mon âge m'excluant de sa caste, ma main dans la sienne, j'apercevais les silhouettes indistinctes de dieux amicaux.
Nos promenades, le soir, nous menaient au bord de la mer, à l'ombre des palmeraies que, je crois, on appelait les Bois de Mahim. Quand le vent soufflait, les grosses noix tombaient et nous courions - mon ayah, ma sœur dans son landau et moi - nous mettre à l'abri en terrain découvert. J'ai toujours été sensible aux ténèbres menaçantes des soirées tropicales, de même que j'ai aimé la voix de la brise nocturne dans les feuilles de palmier ou de bananier, et le chant des rainettes.
Il y avait des dhows arabes au large sur les eaux nacrées, et des Parsis vêtus de couleurs bariolées qui y entraient pour vénérer le coucher du soleil. J'ignorais tout de leur croyance, et j'ignorais aussi que près de notre petite maison de l'Esplanade, à Bombay, se trouvaient les Tours du Silence où leurs Morts étaient exposés aux vautours perchés sur le rebord de ces édifices, qui chahutent et déploient leurs ailes quand ils aperçoivent en bas les porteurs des Morts. Je n'ai pas compris le désarroi de Mère quand elle a trouvé « une main d'enfant » dans notre jardin et m'a demandé de ne pas poser de questions. Je voulais voir cette main d'enfant. Mais mon ayah m'expliqua ce qu'il en était.
L'après-midi, au moment des fortes chaleurs, juste avant d'aller faire notre sieste, Meeta ou elle nous racontait des histoires et nous chantait des comptines indiennes que je n'ai pas oubliées, et on nous envoyait dans la salle à manger une fois habillés, en nous enjoignant de « parler anglais à Papa et Maman ». On parlait donc un « anglais » hésitant, traduit de l'idiome vernaculaire dans lequel on pensait et rêvait. Mère interprétait de merveilleuses chansons en s'accompagnant sur un piano noir et se rendait à de « Grands dîners ». Une fois, elle est revenue très tôt et m'a expliqué - j'étais encore éveillé - que « le grand Lord Sahib » avait été tué et qu'il n'y aurait pas de « Grand dîner ». Il s'agissait de Lord Mayo, assassiné par un indigène. Meeta m'a expliqué par la suite qu'il avait été « frappé par un couteau ». Meeta m'a sauvé inconsciemment de toute terreur nocturne ou de la peur du noir. Notre ayah, avec ce curieux mélange de profonde tendresse et d'astuce élémentaire des domestiques, m'avait raconté que la tête de léopard empaillée sur le mur de la nursery était là pour veiller sur mon sommeil. Mais Meeta en a parlé avec dédain comme d'« une tête d'animal », et j'ai fini par le chasser de mon esprit, comme un fétiche, bénéfique ou maléfique, car ce n'était qu'un « animal » sans nom particulier.
Plus loin, de l'autre côté d'espaces verts autour de la maison, se trouvait un endroit merveilleux plein d'odeurs dégagées par les peintures, l'huile et les tas de terre glaise avec lesquels j'avais joué. C'était l'atelier de l'École des Beaux-Arts de Père, dont l'assistant, un certain M. « Terry Sahib », que ma petite sœur admirait tant, était notre grand ami. Une fois, alors que je m'y rendais seul, je longeais un immense et profond ravin, où un monstre ailé aussi grand que moi m'a attaqué, et je me suis enfui en pleurant. Père a tiré un dessin de cette tragédie, avec cette légende rimée :

Il était une fois un bambin à Bombay
Qui devant une poule s'enfuyait.
Quand on disait : "Tu es un bébé",
Il répondait : "Ma foi, c'est peut-être vrai :
Mais je n'aime pas ces poules de Bombay."

Cela m'a consolé. Depuis, j'ai toujours eu une bonne opinion des poules.

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