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La dernière critique



La lecture de ce livre m'a bouleversée et je n'aurais pu attendre le lendemain pour le terminer, si heureuse de ce printemps et de cette renaissance qui en font le dénouement. La belle écriture de M H Prouteau donne à ce récit son juste sens et sa force. Chaque mot pour dire les maux est "à sa place"; la liaison entre les thèmes abordés est très habile et extrêmement intéressante. Un livre très fort.
Marie-claire, une lectrice de la librairie "Le Bleuet" à Banon (04)
Le dimanche on va au restaurant
Le Drian Marie

Lorsque Louise a saisi mon poignet en me rendant du ticket-repas la partie qui me revenait, je n'ai pas tout de suite pensé qu'elle pourrait être cette femme qui plus tard aurait pour moi de l'ambition dans la maison. à l'institut, on ne pense pas à l'ambition, ni à l'avenir, ni même à la maison. On tente seulement d'oublier ce qui nous a amenés là. Beaucoup disent, à mon avis pour s'excuser, que le déclin des mareyeurs les a amenés là. Comme il a, selon d'autres, amené dans la ville le vent et l'odeur. Moi, je crois que le vent et l'odeur étaient là bien avant le déclin des mareyeurs, mais qu'en période de prospérité, occupés que nous étions à surveiller les arrivées et surtout les départs des caisses de poissons, nous n'avions guère le temps d'y porter attention. Ce n'est qu'après. Avions-nous de même remarqué la vase qui entoure nos côtes, avant que ne s'y enlisent les carcasses des bateaux à l'agonie ? Je n'ai pas franchement de certitude à ce sujet. Alors, dans mon désarroi, je n'ai pas parlé de la fin des mareyeurs. Je n'ai rien dit. J'ai seulement pensé : Me voilà, toi, Chim, arrivé là. En carénage, pour ainsi dire. C'est tout.


Format: 12x17
Nombre de pages:
192  pages
ISBN:
978-2-84418-240-1

 

Année de parution : 2011

 

15.00 EUR
disponibilité : Sous 0 jours
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Elle m'a demandé de lui en prendre une demi-livre. Sans préciser. Une demi-livre seulement. Et de revenir s'il te plaît rapidement. De ne pas m'attarder. Elle les aime fraîches et frémissantes encore dans le sachet.

« Je les veux vivantes. »

a-t-elle dit fortement en faisant claquer derrière moi la porte de notre palier.

Je n'aime pas demander une demi-livre. Cela me met mal à l'aise. Déjà, je n'aime pas aller aux commissions pour elle. Alors encore moins pour des demi-livres. Pire, des petites demi-livres. Je dois le préciser devant tous. Elle y tient.

à chaque fois. Lorsque le matin, lors de mon passage, elle dit : « petite », je dois ensuite, devant tous, le répéter. J'hésite souvent. Mon achat prend alors du temps. Sur la sciure du carrelage, les autres clients s'impatientent et soupirent déjà en me regardant. Je le sens. Je me crois alors obligé d'en dire davantage. J'ai toujours pensé qu'il était rude de faire des achats pour un autre que soi. Et je bredouille :

« En plus, je voudrais, mais cette fois ce ne sera pas pour moi... »

Il me faut ensuite demander un pochon spécial. Y faire marquer le prix d'une façon suffisamment voyante pour que l'autre le lise et rembourse aisément sans que j'aie à le dire. Tout cela est déjà délicat, mais se complique singulièrement si l'autre personne, celle pour laquelle je dois faire aujourd'hui des achats, a demandé des langoustines. Une demi-livre. Une petite demi-livre. Un point c'est tout.

Elle m'a dit exactement :

« En plus du petit dessert au chocolat amer, rapporte-moi donc une petite demi-livre de langoustines. »

Et je n'ai pas osé, ou pas pensé - je ne sais jamais si je n'ose pas ou si je ne pense pas - demander.

C'est bien la première fois que j'achète des langoustines pour elle. Elle ne m'avait jamais demandé de crustacés et je suis très embarrassé. Une autre personne aurait précisé. Elle ne l'a pas fait. Elle ne précise jamais et déjà plus d'une fois m'a ainsi laissé dans l'embarras. Elle a seulement laissé une indication inutile qui ne peut guider mon choix. Une indication destinée sans doute à excuser sa soudaine envie de langoustines. Elle a dit :

« C'est dimanche. Après tout. »

Je le savais.

Ou je l'aurais remarqué à cause du petit dessert au chocolat amer. Mais pour ce qui est de la taille des langoustines, elle n'a rien ajouté.

En attendant mon tour à la poissonnerie, j'ai vu de loin trois cageots. Trois cageots. Trois grosseurs. Comme au temps de la grande prospérité des mareyeurs. Avant que l'odeur et le vent n'envahissent notre ville.

Un seul cageot aurait aujourd'hui largement facilité mon affaire. Encore que je me voie mal demander une petite demi-livre devant un seul cageot de grosses langoustines. Une demi-livre de grosses ? Cela fait trois ou quatre langoustines bien pesées. Pas plus, aurait dit la poissonnière, devant un seul cageot de grosses langoustines. Tout juste une par personne. Je ne sais pas combien vous êtes à table mais avec une demi-livre de grosses, vous n'irez pas loin.

Un seul cageot de grosses ? Il m'aurait fallu alors, devant la poissonnière et devant les autres, choisir un nombre convenable. Dire par exemple :

« Donnez-m'en six. »

Puis ajouter de ma poche, parce que la demi-livre aurait été largement dépassée. Non. Un seul cageot de grosses langoustines n'aurait pas aujourd'hui facilité mon affaire.

Le plus simple, à mon avis, pour le commissionnaire bénévole que je suis devenu est l'unique cageot des petites. Deux cageots mitoyens - petites et moyennes - du jour ou de la nuit : le mareyeur décide, permettent de panacher, mais alors on y perd au poids. On est tout de suite beaucoup moins considéré. Il est très mal vu, ici du moins, de panacher pour une demi-livre.

Au lieu de dire seulement :

« En plus du petit dessert au chocolat amer, ramène-moi donc une demi-livre de langoustines. »

Elle aurait pu préciser.

On dirait qu'elle le fait exprès. Pour m'éprouver.

Et voilà que c'est mon tour, devant les trois cageots de langoustines aujourd'hui, et que je vais être éprouvé.

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