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La dernière critique



Recueil d'une belle communion avec la nature, écriture cristalline comme la première aube de l'humanité, « Je vous écris de mes lointains » de Jean-Pierre Boulic nous emmène dans un superbe voyage de la Parole, par le biais d'une prose admirable.
De ces aubes écrites surgissent des visages (Jean Vuaillat, René-Guy Cadou, Gilles Baudry...) avant que la Vie ne s'invente en petites touches minimalistes : un vieux port, les docks, la rue...
Magnifique !
Nathalie Lescop-Boeswillwald
Petite
Bressan Carole
« Petite », résonne comme un sobriquet, ou la façon la plus aisée de distinguer la plus jeune de son aînée. Pénélope est une femme-enfant qui se sent attirée par la lumière. Elle relate ici, troubles et expériences de l'enfance ou survenus à l'âge adulte. Ce récit s'inscrit dans une déambulation entre ombre et lumière, entre rêve et réalité, contrasté de mystérieuses oscillations.
 

Format: 12x17
Nombre de pages: 144 pages
ISBN: 978-2-84418-345-3

Année de parution : 2017

 
14.00 EUR
disponibilité : Sous 0 jours
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J'ai toujours vu là une forme de folie. Était-ce cela tout à fait ? Ou bien alors autre chose ? Et si de folie il fut question, qu'aurais-je gardé d'elle et qu'aura-t-elle fait de moi ?
S'ouvre un sillage d'interrogations. Et autant dire dès à présent que de nombreux souvenirs jalonnent le chemin. Oui, je crois que des fous autour de moi souvent ont rôdé, là, jamais bien loin.
Qui sont-ils ?
Que m'auront-ils appris sur mes propres peurs, sur cette frontière fragile qui distingue ce qui se veut contraire à la raison de ce qui se croit normal ?

J'avais vingt ans, je pensais être folle moi-même. Une fille à ranger du côté des dingues, foutue, rongée, non viable, à jeter.
Ma mère est dérangée, du moins maintes fois l'ai-je pensé. Si j'ai douté de la folie de ma propre sœur, je me le pardonne, puisque la déraison demeure un fléau récusable. Autant dire que c'est toute une partie de ma minuscule famille qui est cinglée, à moins qu'elle ne le soit en son entier.

Je viens regarder ces gens et je me sens menue, intimidée. Je voudrais que l'on ne me voie pas faire, pouvoir observer discrètement cet objet sournois entre quatre yeux mais du plus loin possible. Je me demande encore de quoi sont faits les fracas que les fous régentent ou inspirent, d'où ils viennent et quel danger véritable on court à les fréquenter, quelle pitié on leur accorde.
Et peut-on avoir pitié d'eux ?


Il est vrai que de ces « désaxés » on aimerait pouvoir tracer un portrait, ou bien se sentir préparé à les affronter. Mais la folie tient dans cette démence surprenante, indéchiffrable.
Celui que l'on décrète malade, c'est cet autre qui bouleverse les règles selon nous « ordinaires », c'est celui qui a des comportements qui semblent intraduisibles : drôles, effrayants, sidérants, affolants, révoltants, paralysants, parfois même attendrissants. Toujours troublants.
Ces gens sont peut-être des ennemis pour moi. Je les ai longtemps regardés vivre étranglés dans un marasme qui désintègre, isole, rend socialement et affectivement nul. Leur mal m'obsède encore, me fait peur, mais ne me fascine en rien.

Je ne sais poser que des questions. Peut-être puis-je faire davantage, pour cela il me faudrait gagner en confiance.

Je m'appelle Pénélope.






J'ai épousé Paul. Marseille, j'avais vingt-deux ans.

Paul était la lumière, le chaud et le froid, le vent, la pluie et tous les nuages. Il y avait tout l'univers dans le bleu de ses yeux. Il était tout pour moi.
L'amour absolu fait grand bruit à la porte de celles qui l'attendent le plus. Fiévreuse c'est vrai, j'avais attendu le prince et je m'étais envolée de rêves en rêves à la recherche du sauveur.

Quand nous avons fait l'amour j'avais vingt ans. Il fut le premier à découvrir mon sexe et aussi le premier serviteur de mon plaisir. Nous avons réussi deux mois, peut-être trois, en enfants excités à dormir ensemble, en amoureux enlacés. Nous observions ma pureté et les élans de mon désir, nous étions tellement libres. Nous n'avons rien brusqué. J'ai chéri avec tendresse le respect qui a enveloppé la voie de mes désirs naissants.

« Fais-toi plaisir, Pénélope », chuchotait-il me sentant frémissante. Je m'allongeais sur son corps et je devenais folle. Une vague si forte montait en moi. Je bougeais sur lui. Un jour je n'en pus plus. Il possédait mon cœur, je l'aimais si parfaitement. À cette délectation et à mon immense surprise j'ai voulu convoquer cet absolu que je soupçonnais. Quand on aime, on voudrait se fondre, puiser dans la source pour s'y perdre. Je me suis délectée de lui, mon âme en a caressé une autre, la sienne, en fusionnant elle s'étendait, se fluidifiait. Cette consolation modifiait ma perception des choses et je voyais s'ouvrir en moi tout un prisme de sentiments et d'émotions insoupçonnés jusqu'alors. Un soleil résonnait sous ma peau, mon sang coulait plus vite, mon cœur dansait follement.

Quelle est cette déraisonnable patience qui m'a laissée vierge si longtemps ?
Lui en moi, j'étais une Reine.

Il était drôle, tellement gai, si singulier. Il me semblait heureux, comme préservé de tout, riant, dansant. Quelle joie j'avais à le savoir là. De quoi avait-il peur, lui, quand moi j'étais effrayée par tout ? Je me sentais tel un caillou abîmé et en lui j'ai préféré voir un diamant.

À vingt ans dans ma recherche d'une accalmie, les yeux pleins d'amour - enfin - je veillais à ne retenir de chaque journée que la grâce inédite que Paul insufflait dans mon existence. Je vivais. J'écoutais les fibres du ciel caresser mes ailes pour la première fois.
Lui, il m'imaginait comme inévitablement belle. Il trimbalait l'illusion immature que tout ce qui avait pu exister dans ma vie avant lui pouvait être aboli, ignoré, chassé. À croire que mes souvenirs envoyés en orbite, on pouvait enfin, lui et moi, partir découvrir la vie. Naïveté et excès de confiance font souvent bon ménage.
Pourtant, le passé ne se soustrait à aucun voyage. Chaque pas foulé le contient en substance. Puis­qu'un ordonnancement de filtres plus ou moins savants saura juste ouvrir la voie d'une expédition ou d'un miracle.

L'amoureux, l'immense, l'ange sublime, aimait être satisfait : « Je ne veux pas savoir, c'est sûrement sordide », a-t-il dit une fois.

Au début de notre histoire j'étais partagée entre une envie de dissimuler la vie que j'avais eue avant lui, et une autre de la lui confier. Même si juste à moitié, parvenir à cela m'aurait sûrement soulagée. Au bout du compte, je suis restée quasiment muette les sept années qu'a duré notre relation.

Je l'ai suivi dans sa paresse, je me suis dit que nous pouvions sûrement mentir ensemble, par omission de vérité. Du reste, est-ce mentir vraiment ? Nous étions habilement doués, experts dans le déni, aveugles ou sourds, en amoureux rois, libres d'être qui nous voulions, sans passé et sans peines, sans nuages au-dessus de notre insouciance.
Nous nous sommes blottis à l'orée de nos espoirs d'un futur fleuri, d'un avenir voué à croître de toutes les couleurs. Oui nous semblions croire en cet arc-en-ciel aux teintes acidulées et d'une réalité surfaite. Mais si les plus belles fleurs se gorgent des pluies et des chaleurs de la nature, nous avons cru qu'aussi notre amour charmerait les éléments et nous sauverait.
Bêtise.

Il n'en a pas fallu davantage à ma honte pour s'inscrire dans sa parfaite légitimité, et pendant encore longtemps. Un silence opaque et ciblé s'est engagé dans notre vie tandis qu'entre deux fous rires je somatisais, me réveillais en pleurs la nuit. J'écoutais ce tumulte enfoui, je sentais tous ces bouts de peine cogner sur les parois du mensonge que j'étais. Aurait-il pu m'aimer telle quelle ?

L'amour est un terrain d'accueil et le cœur ne peut se dire à moitié. J'avais cru cela si fort. Tant d'années avec une inconnue, moi.

Personne ne peut vivre masqué et comme un lac j'aurais aimé m'étendre, me réjouir de mes eaux claires en surface et ouvertes sur des profondeurs paisiblement dénuées de secrets. Je me sentais plombée au creux d'un lit qui me détenait captive.
De ces marais je ne pouvais en rien imaginer qu'existe une source pure et légère, libérée et heureuse, comme celle découverte bien plus tard, dans une sorte de complétude, comme on rencontre un trésor. Car ce n'est que de nombreuses années après cela que j'ai commencé à ressentir ma lumière préservée, les eaux s'immobilisant enfin.

« Aimer, c'est trouver sa richesse hors de soi. »
Alain

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