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La dernière critique



Recueil d'une belle communion avec la nature, écriture cristalline comme la première aube de l'humanité, « Je vous écris de mes lointains » de Jean-Pierre Boulic nous emmène dans un superbe voyage de la Parole, par le biais d'une prose admirable.
De ces aubes écrites surgissent des visages (Jean Vuaillat, René-Guy Cadou, Gilles Baudry...) avant que la Vie ne s'invente en petites touches minimalistes : un vieux port, les docks, la rue...
Magnifique !
Nathalie Lescop-Boeswillwald
Ripeur
Sourdin Jeff

« J'ai vingt-sept ans et je cours derrière un camion-poubelle. Je cours parce que j'ai sauté sans crier gare. J'ai sauté parce qu'une des nôtres était cachée. J'ai sauté pour la centième fois de la journée. J'ai sauté par acquis de conscience, je suis un professionnel de la poubelle. Mais j'ai aussi sauté pour retrouver ma liberté. Quelques instants d'éternité. Une fuite inversée. [...] J'ai vingt-sept ans et je passe mon temps à sauter d'un camion-poubelle. Ma vie est pleine de surprises finalement. »
Du haut de son marche-pied, le héros de Ripeur nous livre ses réflexions sur le monde, l'amour et le temps qui passe. Peut-on être heureux quand on est le boueux de la ville ? Entre les différentes tournées, la lutte contre la fatigue, les échanges avec Thierry et Jean, la contemplation de la nuit, notre héros se construit peu à peu et dévoile la part d'humanité qui se cache sous les tenues fluorescentes de ces hommes de l'ombre.

 


Format: 12X17
Nombre de pages: 144
ISBN: 978-2-84418-196-1

 

 

Année de parution : 2010

 

13.00 EUR
disponibilité : Sous 10 jours
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1


Deuxième heure de la nuit. Le ciel a endossé son grand manteau noir opaque aux dorures brodées. Je me réveille avec la mélancolie métallique de ma montre-alarme. Je me prépare sans bruit. La ville est endormie. J'enfile ma tenue, je vérifie que tout y est. Le rendez-vous est fixé à trois heures. Je vide un grand bol de café en ne pensant à rien. Une habitude.

Je suis ponctuel, Jean et Thierry également. Pas de palabre, nous connaissons le boulot. Thierry prend les commandes de notre vaisseau de misères, Jean et moi nous installons à nos postes de surveillance, à l'arrière. Je contrôlerai à droite du véhicule, Jean à gauche. Nous volons à travers la campagne mayennaise à l'affût de nos proies. Pas une ne doit nous échapper. Nous connaissons leur description, nous guettons les traces de leur présence. Nous descendons à tour de rôle, ensemble si elles sont trop nombreuses.

Gorron est en vue. L'essentiel de la mission se tient ici. Nous avons quatre heures pour débarrasser la ville de sa fange. Quatre heures pour libérer les citoyens de leurs immondices. La ville, insouciante, dort paisiblement pendant que nous entrons en action. Je cours, attrape à la volée, projette, esquive, descends, remonte, redescends, soulève, vérifie, déplace, replace, remplace.

Place de la mairie. Pas un chat.

Le soleil commence son ascension, nous préparons notre retour. Notre batmobile renferme les indésirables de la nuit et la ville nettoyée, épurée, vidée peut respirer de nouveau. La ville entre en agitation, la population s'époumone, la voiture klaxonne, le téléphone sonne, la bétonneuse bétonne et nous, nous rentrons en toute discrétion. A la lumière diurne, nous sommes juste ridicules et sales, nos tenues phospho et fluorescentes détonnent au grand jour. Nous préférons regagner le confort de l'obscurité. Il nous faut du repos. Du silence. Il nous faut attendre la prochaine mission.
Ce sera la nuit prochaine.

Le reste de la journée est sans saveur. Il faut redevenir de simples humains. Se conduire comme les autres. Mettre la tenue à laver. Manger un peu. Retrouver la fadeur du quotidien. Redescendre de notre hauteur.

Notre piédestal n'est, il est vrai, que le marche-pied d'un camion-poubelle.

 

2


J'ai vingt-sept ans et à l'arrière d'un camion-poubelle, je passe mon temps. C'est ma vie et elle ferait un excellent début de roman. J'ai vingt-sept ans et je vis en dehors du temps, comme un remplaçant assis sur son banc. J'ai vingt-sept ans et l'ombre de la nuit m'accompagne inlassablement. Seconde peau, part de moi, membre permanent, je la traîne comme un fidèle lieutenant. J'ai vingt-sept ans et mon existence se fond dans une indifférence générale. Elle fond, elle fond et pourtant j'essaie de recoller les morceaux. J'ai vingt-sept ans et le monde tourne sans moi depuis bien longtemps. Je connais par cœur les vingt-deux villages de mes tournées mais du reste du monde, je ne peux parler. J'ai vingt-sept ans et je ne sais pas comment vivent les autres, je ne sais pas comment il faudrait vivre à vingt-sept ans. J'ai vingt-sept ans et ma vie est réglée comme une montre à cadran, j'improvise seulement les secondes quand je suis hors du champ. J'ai vingt-sept ans et mon métier est d'envoyer les poubelles dans la benne. J'ai vingt-sept ans et j'enverrai bien mon métier à la poubelle. J'ai vingt-sept ans et je fais le boulot destiné aux cancres, le boulot qui fait rire tout adolescent âgé de quinze ans. J'ai vingt-sept ans et je deviens impatient, j'ai fait le tour de mes tournées et bien retourné tout cela dans ma tête. J'ai vingt-sept ans et il faut me raconter, il faut que je vous raconte, sinon ma vie finira aussi à la poubelle. J'ai vingt-sept ans et j'écris, j'écris, j'écris pour ne rien oublier. J'ai vingt-sept ans et je suis le représentant des membres de mon espèce. Je dois vous transmettre que je n'existe pas et que nos mondes ne se rencontrent pas. J'ai vingt-sept ans et je suis investi d'une mission de la plus haute importance. J'ai vingt-sept ans et je n'ai que vingt-sept ans pourtant.

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